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11 février 2010 4 11 /02 /février /2010 14:14

mariage


Réalisation : Dover Koshashvili

Distribution : Ronit Elkabetz, Lior Ashkenazi, Moni Moshonov

Durée : 1h40

Zaza est un garçon trentenaire toujours pas marié. Sa famille entière se mobilise pour lui trouver une femme selon la tradition, bien que ce dernier y soit réticent et qu'il aime en cachette une femme mûre et divorcée avec qui il souhaiterait vivre.
Mais la famille ne l'entend pas ainsi ...

Le cinéma israelien est certainement l'un des plus féconds, intéressants et pertinents par le regard qu'il porte sur son quotidien. Les traditions juives, ainsi que le mode de vie d'une société en perdition, sont souvent passés à la moulinette.
L'amertume et le cynisme amènent les réalisateurs à proposer des comédies dramatiques d'une grande subtilité pour notre plus grand plaisir.
Alors que notre cinéma français exsangue continue à se fourvoyer dans des comédies ineptes et sans intérêt, les réalisateurs israeliens poursuivent leur travail d'introspection, souvent focalisé sur la famille, parfois répétitif, mais toujours avec un regard neuf.

Parfois, plus drastique, il peut également aborder  le traumatisme de la religion comme l'a fait Gitai avec Kadosh (1999) qui nous parle de la place de la femme ainsi que les discriminations qu'elles subissent, ou plus récemment  les tabous de la société Tu n'aimeras point (2009)

L'occupation et le drame du sort des palestiniens devient également pour beaucoup d'entre eux une priorité comme The Bubble (2006) qui dénonce ainsi l'aveuglement notamment à Tel-Aviv, bulle protégée.

Comme dans Avanim (2004), mariage tardif critique la morale conservatrice ainsi que l'épée suspendue au-dessus de la tête de femmes divorcées ou qui menacent de quitter le foyer conjugal pour s'émanciper ou tenter de la faire.

Mais l'humour est ici une force, une arme aussi efficace que les dénonciations dévastatrices de certains des films évoqués précedemment.
Le ton aigre doux convient parfaitement à ce que peuvent vivre les jeunes hommes et femmes qui espèrent embrasser une vie moderne et libérée dans une société encore fortement réactionnaire.

Tout est dit avec douceur, tendresse, mais la dure réalité des mariages forcés n'est jamais épargnée et encore moins celle de la femme divorcée qui souhaite aimer à nouveau.
Les personnages sont magnifiquement interprétés, notamment l'acteur principal qui affiche à la fois son amour pour sa mère, son lien familial très fort et sa douleur de n'être jamais soutenu et compris, avec beaucoup de justesse et de subtilité.
Le ton est tellement juste qu'on en arrive à détester ce bloc familial hermétique et se prendre de grande compassion pour les personnages laissés sur le carreau.
On retrouve l'excellent Moni Moshonov qui jouait le père juif dans les films du grand James Gray : We own the night (2007), Two lovers (2008).

Le contraste entre des scènes comiques, souvent absurdes, comme la rencontre entre Zaza et la jeune fille que l'on veut lui imposer, et celles plus dures comme la violence avec laquelle le père souhaite écarter cette femme indésirable, fonctionne à merveille d'un bout à l'autre.

J'aimerais ici m'arrêter pour parler de Ronit Elkabetz pour moi une des plus belles et talentueuses actrices du cinéma, israélien certainement, mais en général également.
Sa présence, son charisme, sa beauté sont indissociables. Elle donne à ses personnages une épaisseur incroyable, mais également une certaine masculinité conjuguée toujours à une grande amertume de part ses rôles.
Elle se montre ici dans toute sa nudité et son intimité dans des scènes naturelles et d'une belle pudeur exaltante.
Notons également son talent de réalisatrice : Prendre femme (2004) ou Shiva (2008).
Sa présence dans le film justifie à elle seule la nécessité de le découvrir ...

La conclusion du film est magnifique car, sans dévoiler le studt, elle laisse au spectateur le soin de choisir entre espoir et amertume. Pas de coup d'éclat à la Festen, mais plutôt un ton ambivalent qui nous permet de mesurer toute la force du propos.
La prestation de Lior Ashkenazi est formidable et l'on comprend que rien n'est blanc, noir, ou complètement condamnable ...

Note : 4/5

 

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commentaires

laurabazin 31/10/2014 13:43

Mariage Tardif est un film typiquement israélien: avec un petit budget, on tourne de petits bijoux.

Derrière l’humour, le désarroi existentiel transparaît: existe-t-il un droit au bonheur? du groupe ou de l’individu, qui gagnera?

C’est un film superbe, drôle et très bien réalisé.

Les acteurs servent brillamment un scénario avant tout conceptuel et très riche: vous ne vous ennuierez pas: vous réfléchirez.

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