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14 février 2010 7 14 /02 /février /2010 13:25
ruban



Réalisation : Michael Haneke

DistributionBurghart Klaußner, Christian Friedel, Leonie Benesch, Ulrich Tukur, etc...

Durée : 2h24

A la veille de la première guerre mondiale, en Allemagne du Nord, dans une petite bourgade protestante, la vie va être boulversée par d'étranges sévices infligés aux enfants, que personne ne parviendra à élucider, mais qui cache la montée de violences sourdes...

S'il fallait le rappeler,
Le ruban blanc a obtenu une palme d'or assez contestée puisque l'on criait au copinage de la part d'une présidente du jury, Isabelle Huppert, ferme et sans concession, tandis que l'on attendait l'excellent Un prophète (2009), grand prix du jury malgré tout.
Il serait idiot de ne pas reconnaître le mérite du dernier film de Haneke, impressionnant visuellement, mais surtout en tant que leçon de cinéma et porte ouverte à une réflexion allant bien plus loin que
Un prophète (je dois préciser que ma préférence va au film d'Audiard). 
Professeur Haneke peut être, mais quelle leçon !

Il revient ici à sa veine allemande après sa période française et d'excellents films comme
Caché (2005), la pianiste (2001) ou Code Inconnu (2000), si l'on fait l'impasse sur le remake US de Funny Games. On peut comprendre les impératifs financiers qui s'imposaient pour lui ...

Le Ruban Blanc, au premier abord, est radicalement différent de tout ce qui faisait le cinéma d'Haneke : film noir et blanc, d'époque, de longue durée et qui prétend à une dimension plus universelle, abordant un pan d'histoire, quand ses prédécesseurs se concentraient sur le drame souvent tragique d'individus ou de familles isolés (Le septième continent, benny's vidéo, funny games).
Pourtant on y retrouve rapidement les préoccupations et thèmes de prédilections de Haneke : qu'est ce qui engendre la violence, quel est notre regard et notre rapport à cette violence, comment s'insinue la cruauté, et la noirceur dans le coeur des hommes ou d'une société.

Là où l'ambition dépasse les films précédents, c'est qu'Haneke, avec une grande prudence et énormément de subtilité, tente de montrer comment la répression, l'éducation réactionnaire ainsi que la morale asphyxiante et opprimante, peuvent engendrer une génération qui 25 ans plus tard deviendra à son tour tortionnaire...
Mais rien n'est jamais affirmé, et Haneke construit intelligemment son film sur un mystère pour ne jamais le résoudre et insinuer le doute dans nos esprits comme s'insinue la violence chez les hommes dont il nous parle.

Le film pourrait paraître opaque, lent et prétentieux mais c'est tout l'inverse.
D'abord parce que précisemment l'intrigue dans ce village nous tient en haleine jusqu'au bout, et qu'à la fin nous commençons à peine à connaître les protagonistes, comprendre leur psychologie pour finir par s'y attacher.
Ensuite le noir et blanc est somptueux. Chaque plan, maîtrisé au scalpel, est une photographie, un bonheur des yeux.

Tout ceci ne serait rien sans les acteurs incroyables, même si inquiétants, qui lui donnent une profondeur et un réalisme exemplaires.
Le pasteur tout d'abord, figure autoritaire, sévère et sincère que rien ne parvient à ébranler car certain que l'éducation qu'il donne à ses enfants est la seule possible. Pourtant le doute s'immisce et le talent d'acteur permet de laisser passer dans son regard un voile de tristesse qui s'estompt rapidement pour rétablir l'équilibre et ramener la fermeté de l'homme.
Il n'est pas sans rappeler le pasteur, terrifiant celui-là, de
Fanny et Alexandre (1982) de Bergman avec qui on peut rapidement trouver ici une filiation dans les caractères ou même avec Tarkovsky pour l'atmosphère étrange et pesante.

Mais la palme est à décerner aux enfants incroyables, touchants pour certains, froids et perturbants pour d'autres, mais toujours étonnants. Ils donnent, non pas une vie au film qui est tout sauf vivant, mais beaucoup de force et d'authenticité. 
Haneke montre combien le déséquilibre naît d'un manque évident de compassion, d'écoute ou de tendresse pour ces enfants que l'on considère comme des petits adultes et qui s'expriment donc comme tel.
Ce sont eux qui génèrent le malaise et qui sous-tendent ce que seront les bourreaux de demain.

Au final on sort de là vide, sans émotion car le film est volontairement implacable, froid et précis comme la lame du rasoir.
Mais le ruban blanc est beau, simple et jamais abscon. Il laisse forcément des traces...

Note : 4,5/5

 



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Published by Ruben Falkowicz - dans Drames
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