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5 mars 2017 7 05 /03 /mars /2017 08:24

 

 

Réalisateur : Paul Verhoeven
 

Distribution : Isabelle Huppert, Laurent Lafite, Anne Consigny, Charles Berling ...
 

Durée : 130 min

 

Michèle dirige une boite de jeux vidéos avec grande fermeté. Imperturbable aux critiques, aux attaques, certaines liées au passé trouble de son père, elle le restera après s'être fait violer chez elle. 
Choisissant de retrouver seule son agresseur, l'ambiguïté s'installe dans son intention ainsi que dans le rapport qu'elle va établir avec lui.

Premier film en français du réalisateur hollandais, Elle se présente au premier abord comme un thriller sulfureux. Mais le suspens ne tient pas longtemps et Verhoeven s'intéresse plus à la psychologie de cette femme en proie à son désir, sa colère, ses rancoeurs et son refus d'être la victime de la bienséance et au finale, victime tout court.

Le film installe un climat malsain. Michèle explore sa vie, se confronte aux épreuves, nombreuses, avec la même placidité apparente, n'en éprouvant pas moins l'envie de se sentir vivante, d'avoir accès à la jouissance et son viol devient le déclencheur de son désir.
Elle rappelle terriblement caché de Haneke, qui aurait pu réaliser ce film, dans ce qu'il se veut avant tout une critique sociale des relations humaines et de l'hypocrisie qui cache mal les intérêts égoïstes de chacun.


Michèle, derrière sa froideur apparente et sa difficulté à exprimer une émotion, choisit de ne pas poser de masque sur sa noirceur, ses ombres et devient le miroir de celles des autres :
L'amant repoussé qui confond désir et ennui. Son amie de longue date qui comprend que son couple ne vit plus. Son ex-mari qui a besoin de séduire des jeunes femmes pour se sentir reconnu et exister. Son fils, faible, qui ne comprend rien à qui lui arrive. Sa mère qui souhaite se marier à un jeune gigolo et ses voisins, enfin, qui montrent une belle façade lisse et déculpabilisée par leur morale chrétienne.

Finalement Michèle reste la seule à comprendre que le bonheur ne passe pas par un système ou des étiquettes mais dans une acceptation de cette condition humaine parfois sordide, comme celle de son père auquel elle va finir par se confronter sans céder au chantage de sa mère ainsi qu'à  l'homme qui l'agresse mais lui permet d'accéder à sa liberté.

La liberté d'une femme qui échappe à la bienséance et à l'autorité afin d'accéder à ses pulsions parfois perverses. Une femme qui comprend qu'être humain n'a rien à voir à avec l'absurdité de gesticuler dans tous les sens ou d'être une victime des événements à qui les autres disent ce qu'elle doit ressentir.

Isabelle Huppert était certainement la seule capable d'une telle prouesse. 
Froide et belle, elle continue son travail d'actrice qui semble être en quête des mêmes expériences et qui dérange certainement autant que ses personnages.

Les acteurs sont tous parfaits dans leur rôles et portent à merveille ce masque hypocrite que le réalisateur nous montre de manière cinglante.

Mais le film semble être finalement plus un portrait de femme qu'un thriller. 
Parfois choquant, parfois burlesque notamment lorsqu'il s'agit du fils de Michèle, souvent drôle grâce au cynisme et l'humour pince sans rire de Huppert.

Verhoven  serait à la croisée des chemins entre Haneke et Cronenberg.
Elle est une des meilleures réussites d'un réalisateur à la filmographie aussi sulfureuse qu'hétéroclite. De Total Recall à Starship troopers, en passant par turkish délices, basic instinct ou robocop, Verhoeven n'a cesse d'explorer les possibilités vastes de son cinéma parfois avec moins de bonheur mais souvent pour notre plaisir et curiosité.
 

note : 3,5/5
 

 

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