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26 mars 2017 7 26 /03 /mars /2017 07:00


Réalisateur : Kenneth Lonergan
 

Distribution : Casey Affleck, Kyle Chandler, Michelle Williams, ...
 

Durée : 137 min
 

Lee Chandler vit seul à Boston où il travaille comme homme à tout faire pour des particuliers. Un événement le rappelle à Manchester, sa bourgade natale qu'il a dû fuir pour échapper à son passé tragique. Il va devoir s'y reconfronter et prendre en charge la tutelle de son neveu Patrick.
 

Sans grande originalité de scénario relativement prévisible dés le départ, Manchester by the sea est avant tout la description d'une famille, d'un petit milieu social où tout le monde se connaît et vit en relative solidarité, et surtout d'un homme écorché, de sa douleur insurmontable qui le fait chuter des années au cours desquelles il va se punir, chercher le châtiment et cesser de vivre pour se permettre de descendre jusqu'en dessous des cendres dont il ne peut renaître.
Un homme qui ne lutte plus si ce n'est pour s'infliger encore plus de blessures et prendre encore plus de coups.

La mise en scène, aussi classique soit-elle, permet de tisser petit à petit son histoire à travers de délicats flashbacks et de nous saisir par le contraste entre la lumière et l'obscurité, la vie heureuse d'un homme aimant et l'existence morne qu'il choisit ensuite comme seul écho possible au poids qu'il porte.

Le film n'est pas un mélo. Il ne cherche pas à nous soutirer les larmes qui coulent pourtant naturellement et n'est ni voyeuriste ni complaisant. Il n'en reste pas moins dur comme l'est le personnage incarné par un Casey affleck organique, tendu et bouillonnant de douleur, de colère sourde, excellent dans sa retenue qui permet juste de laisser transparaître la palette d'émotions à laquelle  nous n'avons pas accès.

La caméra est pudique et se contente de poser les faits dont le plus tragique est accentué par l'adagio d'Albinoni. La musique pourrait d'ailleurs être la seule facilité qu'on reprocherait au réalisateur pour son utilisation parfois abusive, si elle ne permettait, à cet instant précis de climax dramatique, la compassion et l'empathie pour un homme fermé et brutal.

La force  du film réside donc dans le parcours de Lee qui n'accepte l'aide de personne car elle est inutile et qui sait que la rédemption n'est possible que s'il va toucher le fond, les entrailles de sa peine et de son sentiment de culpabilité, pour laisser émerger ses émotions. Il peut alors laisser Patrick l'approcher, ce garçon qui cherche un père et trouve un homme blessé qu'il prend en charge à sa manière tout comme il se repose sur lui pour imaginer l'avenir et grandir en tant qu'homme responsable de ses actes.
Ils comprennent ainsi parfaitement l'enjeu de ce lien salutaire qui permet à Lee de renouer avec les vivants, car les événements rattrapent ceux dont le chemin n'est jamais écrit ni terminé : un sillage sur une mer qu'il faut suivre, le bateau demeurant d'ailleurs le seul sanctuaire familial.

 

C'est là toute la beauté du film que de nous permettre de comprendre que les blessures et cicatrices sont à accueillir comme des opportunités de grandir à condition d'accepter la descente qui les précède.

Pour cette conclusion il est vital d'aller voir Manchester by the sea.
 

Note : 4/5

 

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13 mars 2017 1 13 /03 /mars /2017 06:53

 


Réalisateur : Dalton Trumbo
 

Distribution : Timothy Bottoms, Kathy Fields, Jason Robards, Donald Sutherland ...
 

Durée : 111 min

 

Durant la première  guerre mondiale, l'histoire de Johnny qui s'en va-t-en guerre pour servir sa patrie. Il en reviendra vivant mais dans un tel état que la mort eût largement prévalu.
 

Johnny got his gun est le premier film de l'auteur Dalton Trumbo qui adapte ici son propre roman, au titre éponyme, écrit fin des années 30. Il fait partie de ces films qui vous prennent aux tripes  dès  le début pour ne plus vous lâcher, faisant naître l'effroi et la peur afin de décrire, dénoncer ou accabler,  les velléités guerrières et patriotiques d'un pays.
Réalisé en 71, il fait largement écho à l'enlisement au Vietnam, à la folie meurtrière mais aussi, et surtout, à l'absurdité de ces guerres qui envoient des jeunes hommes se transformer en chair à canon. 

Unique film de l'auteur, dont le rôle a  été interprété récemment par l'excellent Bryan Cranston (breaking bad). Trumbo était un homme politiquement engagé, scénariste et écrivain. Il souhaitait tout d'abord confier son scénario à Bunuel qui refusera mais interviendra tout de même dans certaines scènes surréalistes comme celle du Christ auquel rêve Johnny. 
 

C'est tout d'abord sur la forme que le film surprend de part cette alternance du noir et blanc, évoquant le retour, l'handicap, la fin des perspectives pour un homme broyé, et la couleur qui raconte les rêves, les fantasmes mais aussi les souvenirs heureux d'avant guerre. 

Trumbo passe d'un contenu froid, cruel voire expressionniste, dans la description du sort de Johnny enfermé et livré au corps médical totalement sans compassion, à des scènes en couleur, surréalistes, où il retrouve les êtres qui furent chers pour lui comme son père ou Kareen, sa bien-aimée. Celles-ci sont assez audacieuses, touchantes et visuellement très belles. C'est là que l'on prend conscience que cet homme est encore un enfant dont l'armée sacrifie la vie pour de sombres intérêts. 
 

Les scènes de guerre rappellent les sentiers de la gloire de Kubrick et témoignent de cette absurdité mais aussi de cette confiance aveugle de soldats mobilisés qui croient servir leur patrie. 


Les acteurs sont formidables, notamment Jason Robards qui joue un père bourru, désabusé mais aimant, dont Johnny n'aura cesse de chercher la reconnaissance jusque dans sa prison physique et dans ses fantasmes.
 

Au début perturbants, les flashback sont nécessaires pour connaître l'histoire d'un homme qui sacrifie tout pour partir. Ils sont accompagnés de sa voix intérieure qui, peu à peu, perçoit l'horreur dans laquelle on l'abandonne, hurle, cherche de l'aide mais n'en trouve pas si ce n'est auprès d'une infirmière qui apparaît comme un ange, cherchant à l'apaiser, lui donner de l'amour ou à communiquer avec lui, ce qu'elle parviendra  à faire.
 

Les médecins, pour les intérêts d'une science expérimentale et inhumaine, et pensant que la conscience a quitté ce corps, préfèrent laisser ce monstre de foire, dans lequel il s'imagine, enfermé dans une prison plutôt que de compromettre leur réputation. Peu de sorts au cinéma ne furent si cruels que celui de Johnny. Sa voix (off) intérieure décrit ses émotions, ses peurs, sa terreur mais aussi sa douceur, son combat et parfois son envie de trouver dans le moindre rayon de soleil, qu'il apprend à sentir, un espoir de survie.
 

Nous pensons forcément au battement d'aile du papillon où Amalric explorait de la même manière ses souvenirs et les recoins de son esprit, nous accompagnant de sa voix durant son cruel cheminement.
 

Nous ressentons identiquement cet étouffement et cet enfermement grâce au magnifique travail sur la photo, aux jeux de lumière et à ce silence qui laisse résonner le cri d'un homme que nul ne peut sauver, pas même le Christ, joué par Donald Sutherland, qui préfère s'éloigner que de reconnaître qu'il n'y a là rien d'autre que l'enfer.

Un film aussi sublime que terrible. A voir sans hésitation, le coeur ouvert et bien accroché.


 

Note : 4,5/5

 

 

 

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5 mars 2017 7 05 /03 /mars /2017 08:24

 

 

Réalisateur : Paul Verhoeven
 

Distribution : Isabelle Huppert, Laurent Lafite, Anne Consigny, Charles Berling ...
 

Durée : 130 min

 

Michèle dirige une boite de jeux vidéos avec grande fermeté. Imperturbable aux critiques, aux attaques, certaines liées au passé trouble de son père, elle le restera après s'être fait violer chez elle. 
Choisissant de retrouver seule son agresseur, l'ambiguïté s'installe dans son intention ainsi que dans le rapport qu'elle va établir avec lui.

Premier film en français du réalisateur hollandais, Elle se présente au premier abord comme un thriller sulfureux. Mais le suspens ne tient pas longtemps et Verhoeven s'intéresse plus à la psychologie de cette femme en proie à son désir, sa colère, ses rancoeurs et son refus d'être la victime de la bienséance et au finale, victime tout court.

Le film installe un climat malsain. Michèle explore sa vie, se confronte aux épreuves, nombreuses, avec la même placidité apparente, n'en éprouvant pas moins l'envie de se sentir vivante, d'avoir accès à la jouissance et son viol devient le déclencheur de son désir.
Elle rappelle terriblement caché de Haneke, qui aurait pu réaliser ce film, dans ce qu'il se veut avant tout une critique sociale des relations humaines et de l'hypocrisie qui cache mal les intérêts égoïstes de chacun.


Michèle, derrière sa froideur apparente et sa difficulté à exprimer une émotion, choisit de ne pas poser de masque sur sa noirceur, ses ombres et devient le miroir de celles des autres :
L'amant repoussé qui confond désir et ennui. Son amie de longue date qui comprend que son couple ne vit plus. Son ex-mari qui a besoin de séduire des jeunes femmes pour se sentir reconnu et exister. Son fils, faible, qui ne comprend rien à qui lui arrive. Sa mère qui souhaite se marier à un jeune gigolo et ses voisins, enfin, qui montrent une belle façade lisse et déculpabilisée par leur morale chrétienne.

Finalement Michèle reste la seule à comprendre que le bonheur ne passe pas par un système ou des étiquettes mais dans une acceptation de cette condition humaine parfois sordide, comme celle de son père auquel elle va finir par se confronter sans céder au chantage de sa mère ainsi qu'à  l'homme qui l'agresse mais lui permet d'accéder à sa liberté.

La liberté d'une femme qui échappe à la bienséance et à l'autorité afin d'accéder à ses pulsions parfois perverses. Une femme qui comprend qu'être humain n'a rien à voir à avec l'absurdité de gesticuler dans tous les sens ou d'être une victime des événements à qui les autres disent ce qu'elle doit ressentir.

Isabelle Huppert était certainement la seule capable d'une telle prouesse. 
Froide et belle, elle continue son travail d'actrice qui semble être en quête des mêmes expériences et qui dérange certainement autant que ses personnages.

Les acteurs sont tous parfaits dans leur rôles et portent à merveille ce masque hypocrite que le réalisateur nous montre de manière cinglante.

Mais le film semble être finalement plus un portrait de femme qu'un thriller. 
Parfois choquant, parfois burlesque notamment lorsqu'il s'agit du fils de Michèle, souvent drôle grâce au cynisme et l'humour pince sans rire de Huppert.

Verhoven  serait à la croisée des chemins entre Haneke et Cronenberg.
Elle est une des meilleures réussites d'un réalisateur à la filmographie aussi sulfureuse qu'hétéroclite. De Total Recall à Starship troopers, en passant par turkish délices, basic instinct ou robocop, Verhoeven n'a cesse d'explorer les possibilités vastes de son cinéma parfois avec moins de bonheur mais souvent pour notre plaisir et curiosité.
 

note : 3,5/5
 

 

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27 février 2017 1 27 /02 /février /2017 08:17

 

Réalisateur : Laszlo Nemes
 

Distribution : Geza Rohrig ...
 

Durée : 107 min

 

Saul fait partie des sonderkommandos, prisonniers chargés d'accompagner les déportés vers leur extermination dans les chambres à gaz et les fours crématoires. L'horreur de sa tâche, ainsi que la violence de ses liens avec les autres prisonniers, ne l'empêchent pas de vouloir s'occuper d'un enfant auquel il souhaite rendre un hommage digne ...
 

Le fils de Saul constitue une approche différente et nouvelle de l'horreur, à la fois dans le sujet mais aussi dans sa forme et son esthétique.
Nous suivons ici le cheminement d'un homme en sursis dont il n'est même pas envisageable d'imaginer le chaos intérieur ni le désespoir qui le poussent à la besogne à laquelle il est condamnée.

Le réalisateur ne cherche pas à expliquer mais plutôt à décrire. De son histoire familiale personnelle, certainement dans une tentative de libération du non-dit ou du cauchemar d'une telle mémoire collective, il crée un objet brut, froid, cruel et sans concession afin que nous puissions nous rendre compte des rapports violents qui animaient les prisonniers entre eux, de leurs instincts de survie ainsi que des contradictions qui les rongeaient, en opposition totale avec la vision héroïque des films hollywoodiens dont la liste de Schindler serait le symbole ultime et écoeurant, tout comme le fut la vita e bella où un père cherchait à distraire son fils ...

Laszlo Nemes ne cherche pas à revenir sur la solution finale ni même à décrire l'horreur des tortionnaires, bien que celle-ci transparaisse continuellement en toile de fond. Il tente d'être au plus proche du désespoir d'un homme, mais aussi de la mission qu'il se donne pour tenir.
Saul est incarné par Geza Rohrig, bien que non-acteur, époustouflant, organique et traduisant sur son visage tout l'effroi et l'émotion qui le submergent.
Sans chercher à le comprendre ou se mettre à sa place, Nemes le colle, le suit, caméra à l'épaule, afin d'observer ce qu'aurait pu être le devenir de tout un chacun, sans jugement, dans un tel cauchemar. Sa manière de filmer rappelle celle des frères Dardenne et notamment le fils où l'on suivait identiquement la nuque d'Olivier Gourmet, dans une même énergie du désespoir, un même stress palpable dans ce dos tendu.

Pas de musique pour nous manipuler ou nous faire sortir quelque larme qui pourrait déformer ce à quoi nous assistons.
Les corps s'amassent et ne nous épargnent pas, mais fugacement car il n'y a aucune complaisance à les montrer. 

Les cadrages sont ceux d'un photographe qui fait ce qu'il veut avec sa camera, privilégiant les profondeurs de champs réduites, donnant à l'image une esthétique incroyable et dense grâce à l'argentique, nous enfermant dans le cadre d'un format 4/3 étouffant, encadrure du dos de Saul marqué d'une croix rouge, symbole d'un sursis provisoire.

Les rapports entre les hommes sont brutaux et aucun moment d'empathie ou de tendresse ne viennent écarter Saul de sa mission ... 
Celle des autres est de laisser monter leur colère sourde et contenue, dans l'organisation d'un groupe de résistance.


Saul jusqu'au bout ne se détourne jamais de cet enfant et l'ambiguité de la scène finale, ainsi qu'un merveilleux sourire, le seul du film peut-être, bouleversent totalement notre regard sur cet homme dont on comprend qu'il est, peut-être, déjà gagné par la folie et le fantasme depuis un moment.
 

Il faut voir le fils de Saul car c'est là l'oeuvre d'un virtuose qui a, de surcroît, des choses à dire.
 

note : 4,5/5

 

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12 février 2017 7 12 /02 /février /2017 20:27

 

Réalisateur : Peter Sattler 
 

Distribution : Kristen Stewart, Peyman Moaadi ...
 

Durée : 117 min
 

Amy quitte son petit village de Floride pour servir sa patrie et devenir soldat. Veillant sur les prisonniers de Guantanamo, sa tâche est bien plus ardue qu'elle ne l'imaginait, non par la violence des détenus mais par la réalité qu'elle découvre et la remise en question sévère de ses idéaux patriotiques.
 

Camp X-ray ne se veut pas un pamphlet idéologique ou un documentaire sur les égarements de la politique américaine, ses mensonges, ses conséquences. Il n'en a pas besoin tant les faits et les révélations sont péremptoires depuis les attentats du 11 septembre, sombre date.

Le film aborde le point de vue d'une jeune femme qui noue peu à peu le lien avec un détenu joué par l'excellent acteur Peyman Moaadi, coutumier des films d'Asghar Farhadi (A propos d'Elly, une séparation). C'est sous cet angle plus romantique qu'il va laisser les évênements semer le doute chez Amy et nous rappeler les faits : des hommes, parce que musulmans, innocents pour la plupart, enlevés par principe de lutte contre le terrorisme, croupissant dans des cellules et surveillés constamment non pour leur menace mais pour leurs tendances suicidaires que génère une telle injustice.

Le film présente les soldats américains dans toute leur brutalité, leur ignorance mais aussi leur impuissance face aux ordres et l'absence totale de libre arbitre et de réflexion.
Seule Amy se laisse gagner par son empathie et sa confiance envers un homme, auquel elle parle et qu'elle voit souffrir sans pouvoir l'aider.
Elle devient prisonnière de cette vie, de sa tâche, complice d'une machine écrasant les individus pour de sombres intérêts.

 

Kristen Stewart incarne avec beaucoup de sensibilité ce soldat sans rajouter de pathos inutile, tout comme le récit, laissant à peine transparaître la lutte intérieure qui sera la sienne tout au long du film.
Le lien entre Amy et Ali n'est pas clair, mais chacun s'accroche à l'autre pour tenir dans cet environnement oppressant.

La réalisation reste sobre, sans grande originalité et se contente de laisser les personnages cheminer nous laissant
 observer l'horreur que constitue, encore aujourd'hui, Guantanamo.
Le réalisateur a cette qualité de rester prudent dans ses envolées lyriques par rapport à son sujet et ce camp qui n'a certainement laissé que très peu de place à la bienveillance dont fait preuve Amy dans ce film.

 

Il n'en reste pas moins aujourd'hui, dans le contexte géopolitique menaçant, un bon point de repère des promesses et mensonges des présidents américains successifs et pour cela il mérite un certain intérêt.
 

Note : 3,5/5

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30 janvier 2017 1 30 /01 /janvier /2017 04:18

 

Réalisateur : Stéphane Brizé
 

Distribution : Sandrine Kiberlain, Vincent Lindon, Aure Atika
 

Durée : 101 min

 

Jean est maçon. Il vit une existence des plus tranquilles et sereines avec sa femme et son fils jusqu'au jour où il rencontre l'institutrice de ce dernier pour laquelle il développe un sentiment fort et profond. Si la rencontre se fait rapidement entre les deux, les tourments de cet homme marié rendent leur histoire compliquée voire impossible. 
 

Mademoiselle Chambon est un film joli. 
Joli comme Sandrine Kiberlain qui irradie cette histoire de sa grâce et de sa beauté diaphane avec délicatesse, candeur, mais aussi un certain mystère.
 

Le film est à cette image : toute en délicatesse. La fragilité d'une liaison entre elle et Vincent Lindon. Rien n'est dit mais tout est suggéré comme les émotions des personnages qui se lisent dans leurs yeux et restent suspendues comme un souffle : notre souffle lors de cette scène où mademoiselle Chambon fait écouter un disque à Jean...
 

Stéphane brizé dit avoir été influencé par le film Sur la route de Madison.
Il contient effectivement cette même beauté dans l'impossibilité d'une rencontre qui a pourtant lieu, l'impossibilité d'un amour qui se déploie pourtant. Mais le mélo du film d'Eastwood fait place ici à la retenue, à la pudeur et au tact.

 

Vincent Lindon et Sandrine Kiberlain sont certainement les acteurs les plus convaincants et à même de nous toucher rien qu'en étant ce qu'ils incarnent avec tant de réalisme et d'authenticité qu'ils donnent au film toute cette justesse nécessaire, permettant de se passer des excès ou des facilités dans lesquels aurait pu se perdre Brizé.

Tout semble les séparer : leur rapport de classe, leur profession, leur sensibilité et pourtant chacun fait un pas vers l'autre pour trouver cet endroit commun qui occulte toute démonstration supplémentaire.  
 

Lindon et Kiberlain, ancien couple reformé à l'écran, sont entourés d'acteurs qui participent  à cette même justesse : Jean Marc Thibaut, si touchant dans ce rôle qu'il semble ne pas avoir besoin de jouer et Aure Atika loin de la vérité si je mens, où elle incarnait les excès d'une séfarade, pour devenir cette femme qui tient à son mari et tente de le préserver en étouffant ses soupçons.
 

Ce sont ces acteurs qui permettent d'oublier les champs contre champs faciles ou les ellipses parfois récurrentes, pour nous laisser le sentiment d'avoir accompagné deux individus dans leur intimité et d'avoir pleuré un peu avec eux.
 

Note : 4/5

 

 

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15 janvier 2017 7 15 /01 /janvier /2017 19:42


 

Réalisateur : Maren Ade

Distribution : Sandra Hüller, Peter Simoninschek

Durée : 162 min
 

Winfried, homme vieillissant et clown triste que la routine fatigue, souhaite se rapprocher de Inès, sa fille. Il débarque par surprise à Bucarest où elle travaille dans l'espoir de la reconquérir, prêt à tout pour la toucher à un endroit qui semble éteint chez elle.
 

Toni Erdmann fait partie de ces films qui touchent lentement et laissent une trace chaude.
Si le film est long, c'est le minimum nécessaire pour installer le quotidien des personnages, leurs habitudes, mais aussi leurs cicatrices qui finissent par éclairer l'histoire de cette tendre humanité, et qui font que celle-ci nous touche ou pas.
Long mais pas ennuyeux, car on pénètre trop dans l'intimité de ce père et sa fille pour se sentir distant ou même avoir envie de les quitter.

 

D'une certaine manière, ce film rappelle la vie est belle de Roberto Benigni où un père faisait tout pour distraire son fils et l'amuser dans l'espoir de lui cacher l'horreur. Mais là où le film italien était obscène, Toni Erdmann évolue tout en pudeur, soulignant souvent l'échec de cet homme maladroit, lourd et répétitif qui veut amuser, détourner ou provoquer sa fille dont il observe le naufrage.

Mais c'est surtout le constat de son propre naufrage, ainsi que les échecs de sa vie, auxquels il se heurte et que lui renvoie cruellement Inès. C'est un miroir entre le père et sa fille qui se dresse, la rencontre de deux solitudes qui se cherchent, se repoussent, s'épient et finalement évoluent dans la même direction.


Le film présente des personnages aux psychologies complexes, sans jugement et sans chercher à les rendre attachants ou détestables.
Certaines scènes explosent de manière inattendue au milieu d'un quotidien morne, avec une charge émotive intense et beaucoup d'audace comme cette fête d'anniversaire complètement loufoque digne de the party de Blake Edwards.

En filigrane, l'histoire décrit un monde malade et pourri par la pratique du business qui ronge la Roumanie, où travaille Ines, et qui devient le théâtre de la dépravation d'expatriés, consommant les rapports humains comme les lignes de coke après des soirées déprimantes en boite de nuit.
Le seul qui émerge par sa recherche de rapports humains authentiques, mû par l'évidence que l'essentiel est ailleurs, reste Winfried, lui qui n'a de cesse de se cacher derrière ses gags désespérés pour dissimuler sa peine mais aussi, subtilement, ne pas avoir à juger sa fille.

Ce monde de l'entreprise que décrivait, en nous glaçant le sang, Philippe Harel en adaptant le roman de Houellebecq, l'extension du domaine de la lutte, apparait ici dans toute son absurdité. Mais là où la descente aux enfers était inévitable, Maren Ade déploie toute sa foi en l'être humain et sa capacité à retourner à ce qui le nourrit et lui laisse l'espoir de s'en sortir : celui d'aimer et d'être aimer. Être aimé par un père, une fille, un chien, ou d'une effrayante créature, étrange et massive, garante de cet amour ...

 

note : 4/5

 

 

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8 janvier 2017 7 08 /01 /janvier /2017 09:07

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Réalisateur : Brigitte Sy

Distribution : Leïla Behkti, Reda Kateb ...

Durée : 97 min
 

1957. Albertine, une condamnée, s'est échappée. 
Durant cette évasion elle se brise l'astragale, petit os du pied, et devient impuissante et livrée  ainsi à la providence qui ne tarde pas à surgir sous les traits de Julien. Il la prend sous son aile. S'ensuit alors une histoire d'amour dans la France d'après-guerre confrontée à son histoire coloniale en Algérie.

 

L'astragale est l'adapatation du roman éponyme écrit par Albertine Sarrazin.
 

La réalisatrice  affirme clairement dès le début son intention de ne pas faire de film d'époque avec ses repères habituels (les vêtements, les voitures, les moeurs datées) mais de privilégier, au contraire, les rapports humains, ceux-là intemporels, et le lien qui unit Albertine à Julien. Le noir et blanc, très esthétique, ne vise d'ailleurs pas à nous plonger dans le passé mais à induire une pudeur, une distance vis à vis des protagonistes, soulignant ainsi leur fragilité et leur sensibilité à fleur de peau.
Le chef opérateur insiste sur les visages, les émotions plutôt que sur les plans d'ensemble qui pourraient vite devenir ostensibles tant la reconstitution est impeccable.

 

Mais au-delà de la trame et du suspens, de la traque sourde et menaçante, c'est le portrait d'une femme qui intéresse Brigitte Sy. Belle et fatale, insupportable et parfois moche, traînant sa silhouette d'écorchée, Albertine ne fait aucun compromis lorsqu'il s'agit de vivre cet amour auquel elle aspire et qui vient apaiser ses cicatrices et ce cri qui la dévore jusqu'à la folie.
Libre de ses moeurs, mais prisonnière de sa souffrance.

Leïla Behkti est parfaite dans ce rôle, insaisissable et ne se laissant jamais réduire à un profil, incarnant pleinement cette femme à la psychologie complexe. Reda Kateb, doux, patient et déterminé, lui répond parfaitement et vient éponger les débordements de celle qu'il aime et tente de rassurer parfois en vain.


A l'instar des films de couple en cavale (Bonnie and Clyde, le get apens, Thelma et Louise), Brigitte Sy filme l'urgence qui évolue ici dans une France certes libérée, mais aux prises avec ses heures les plus sombres de l'histoire coloniale, où il est compliqué d'arborer un profil basané comme celui d'Albertine.
Une France à la fois audacieuse et aux moeurs filmées ici sans tabou, mais également rétrograde et réactionnaire.

Une France dans laquelle Pauline Dubuisson, qu'a tenté de caricaturer Clouzot (la vérité), n'avait pas sa place, pas plus que ne la trouve Albertine Sarrazin.

note : 3,5/5

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3 novembre 2014 1 03 /11 /novembre /2014 07:59

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Réalisateur : Nicole Garcia
Distribution : Gérard Lanvin, Bernard Giraudeau, Jean-Marc Barr, ...
Durée : 99 min

 

Jean-Paul est un homme qui nage dans les combines et les plans foireux. Gérant d'hôtel et entrepreneur, ses dettes l'acculent. Désespéré il ne trouve aucune issue. Ses frères ne peuvent rien pour lui d'autant que ses liens avec Philippe, le plus jeune mais aussi le plus riche, sont compliqués. Un conflit d'ego jamais résolu et une rivalité amoureuse qui se tend.

Perdant le contrôle, Jean-Paul cède à l'irréparable mais découvre alors les revélations sur sa vie et celles de son père ...

 

Le fils préféré est le 3ème film de Nicole Garcia. Sa trame narrative est lente et complexe mais nécessaire pour suivre les méandres de la vie d'un homme qui se perd pour finalement comprendre et assumer, peut-être, son désarroi et se rapprocher de ses frères. Nicole Garcia privilégie dans la plupart de ses films les liens familiaux et les rapports dont dépend un personnage, ici Jean-Paul, qu'il le veuille ou non, et qui rejaillissent tôt ou tard, à travers un évênement plus ou moins critique, et lui permettent de suivre son cheminement intérieur.

Le film n'est certes pas drôle, et la musique de Lee Konitz au saxophone un peu déprimante, mais il est fort car le sourire de Jean-Paul (Gérard Lanvin) au départ fermé et antipathique, nous touche et justifie à lui seul la lenteur du récit.

Les acteurs sont sobres et justes, tout comme une réalisation qui souhaite décrire sans juger, suivre chacun des personnages tout en délicatesse pour leur donner la chance de se raconter et trouver une issue à leurs tourments.

Note : 3,5/5

 

 

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16 janvier 2011 7 16 /01 /janvier /2011 20:00

kids

 

Réalisateur : Takeshi Kitano

DistributionKen Kaneko, Masanobu Ando

Durée : 107 min

Shinji et Masaru sont deux adolescents paumés, qui trainent ensemble, sêchent les cours et rackettent les lycéens tels 2 pauvres petites frappes. Mais une raclée que se prend Masaru appelle la vengeance et conduit les 2 inséparables vers un club de boxe. Toutefois Shinji se révèle bien plus doué et devient l'étoile montante du club ...

Kitano, une fois de plus, vient ici sonder le coeur des laissés pour compte, des exclus mais en même temps dresse un portrait dur et tendre de la jeunesse telle qu'elle peut se rêver ou s'égarer. Au-delà des 2 principaux protagonistes il suit les destins d'un jeune paumé et d'un duo de comiques dont le sort n'est guère plus à envier.

Kitano se montre assez impitoyable face à l'inertie de ses personnages, mais dénonce parallélement une société capitaliste qui prône individualisme et recherche effrénée du profit et d'un système éducatif qui, loin de suivre ses jeunes, les exclut définitivement. Ses films sont la plupart du temps tristes et mélancoliques mais en même temps des odes puissantes à la vie sans savoir où celle ci va s'exprimer dans toute sa force.
Et c'est ce qui arrive à Shinji et Masaru qui, même si l'échec se profile, vivent pleinement leur rêve : Masaru de devenir champion et Shinji d'accompagner son ami sans qui il n'existe pas.

C'est ainsi assez subtilement, voire imperceptiblement, que Kitano laisse des sentiments forts et nobles s'inviter dans le récit de ces ados : ce que ressent Shinji pour Masaru dépasse la simple amitié potache ...
Le film est assez sobre. La violence habituelle, ainsi que la poésie qui s'y associe toujours, s'effacent ici au profit d'un récit simple, lent qui finit par nous gagner au terme du film. Le lien qui unit ces 2 jeunes est trés beau et évoque le merveilleux Scene at the sea (1991), où un tandem de 2 jeunes sourds muets tentait de s'en sortir à travers le surf.

Au final Kids Return n'est certainement pas le film majeur que sera Hana-bi ou même Scene at the sea, mais il n'en demeure pas moins un des premiers films du maître qui lui permettra de tisser le fil d'une oeuvre si forte et si belle.

Note : 3,5/5

 


 

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