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5 mars 2017 7 05 /03 /mars /2017 08:24

 

 

Réalisateur : Paul Verhoeven
 

Distribution : Isabelle Huppert, Laurent Lafite, Anne Consigny, Charles Berling ...
 

Durée : 130 min

 

Michèle dirige une boite de jeux vidéos avec grande fermeté. Imperturbable aux critiques, aux attaques, certaines liées au passé trouble de son père, elle le restera après s'être fait violer chez elle. 
Choisissant de retrouver seule son agresseur, l'ambiguïté s'installe dans son intention ainsi que dans le rapport qu'elle va établir avec lui.

Premier film en français du réalisateur hollandais, Elle se présente au premier abord comme un thriller sulfureux. Mais le suspens ne tient pas longtemps et Verhoeven s'intéresse plus à la psychologie de cette femme en proie à son désir, sa colère, ses rancoeurs et son refus d'être la victime de la bienséance et au finale, victime tout court.

Le film installe un climat malsain. Michèle explore sa vie, se confronte aux épreuves, nombreuses, avec la même placidité apparente, n'en éprouvant pas moins l'envie de se sentir vivante, d'avoir accès à la jouissance et son viol devient le déclencheur de son désir.
Elle rappelle terriblement caché de Haneke, qui aurait pu réaliser ce film, dans ce qu'il se veut avant tout une critique sociale des relations humaines et de l'hypocrisie qui cache mal les intérêts égoïstes de chacun.


Michèle, derrière sa froideur apparente et sa difficulté à exprimer une émotion, choisit de ne pas poser de masque sur sa noirceur, ses ombres et devient le miroir de celles des autres :
L'amant repoussé qui confond désir et ennui. Son amie de longue date qui comprend que son couple ne vit plus. Son ex-mari qui a besoin de séduire des jeunes femmes pour se sentir reconnu et exister. Son fils, faible, qui ne comprend rien à qui lui arrive. Sa mère qui souhaite se marier à un jeune gigolo et ses voisins, enfin, qui montrent une belle façade lisse et déculpabilisée par leur morale chrétienne.

Finalement Michèle reste la seule à comprendre que le bonheur ne passe pas par un système ou des étiquettes mais dans une acceptation de cette condition humaine parfois sordide, comme celle de son père auquel elle va finir par se confronter sans céder au chantage de sa mère ainsi qu'à  l'homme qui l'agresse mais lui permet d'accéder à sa liberté.

La liberté d'une femme qui échappe à la bienséance et à l'autorité afin d'accéder à ses pulsions parfois perverses. Une femme qui comprend qu'être humain n'a rien à voir à avec l'absurdité de gesticuler dans tous les sens ou d'être une victime des événements à qui les autres disent ce qu'elle doit ressentir.

Isabelle Huppert était certainement la seule capable d'une telle prouesse. 
Froide et belle, elle continue son travail d'actrice qui semble être en quête des mêmes expériences et qui dérange certainement autant que ses personnages.

Les acteurs sont tous parfaits dans leur rôles et portent à merveille ce masque hypocrite que le réalisateur nous montre de manière cinglante.

Mais le film semble être finalement plus un portrait de femme qu'un thriller. 
Parfois choquant, parfois burlesque notamment lorsqu'il s'agit du fils de Michèle, souvent drôle grâce au cynisme et l'humour pince sans rire de Huppert.

Verhoven  serait à la croisée des chemins entre Haneke et Cronenberg.
Elle est une des meilleures réussites d'un réalisateur à la filmographie aussi sulfureuse qu'hétéroclite. De Total Recall à Starship troopers, en passant par turkish délices, basic instinct ou robocop, Verhoeven n'a cesse d'explorer les possibilités vastes de son cinéma parfois avec moins de bonheur mais souvent pour notre plaisir et curiosité.
 

note : 3,5/5
 

 

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26 janvier 2017 4 26 /01 /janvier /2017 08:01

 

Réalisateur : Alfred Hitchcock
 

Distribution : Cary Grant, Joan Fontaine
 

Durée : 99 min


 

Lina, jeune femme de bonne famille, tombe amoureuse de John, séducteur aux frasques débridées. Ils se marient mais Lina découvre alors que son mari est fauché et qu'il compte sur elle pour continuer à mener la grande vie. Elle se confronte peu à peu à sa réputation ainsi qu'à ses mensonges qui installent le doute en elle. Les soupçons ne tardent pas à poindre dans cette idylle perturbée. Lina devient dés lors persuadée que son mari est un meurtrier qui souhaite la tuer pour hériter de sa fortune et de ses moyens de subsistance.


Suspicion démarre comme une banale comédie sentimentale dans laquelle Cary Grant, habitué du genre, excelle comme séducteur cabotin à la répartie rappelant celle d'un Groucho Marx sans en approcher toutefois l'humour grinçant. L'histoire démarre donc avec fluidité et fraîcheur distillées par Joan Fontaine jeune, belle et spontanée, ainsi qu'un léger parfum de satire sociale et de rapports de classes.


Il semble clair que Hitchcock, dont la patte est ici à peine perceptible, tente d'abord d'installer son décor afin de l'assombrir et faire naître intrigue, suspens et soupçons.
Cary Grant apparaît peu à peu comme un individu opaque, inquiétant et menaçant comme l'était Sean connery dans Marnie. Les plans deviennent plus larges, les ombres se dessinent et c'est dans la tête de Lina que nous prenons place, observant sa paranoïa, ses doutes et surtout son effroi lorsque le pire de ce qu'elle pressent se réalise. On commence à douter et à soupçonner également le mari.

Mais si l'on retrouve la manière du maître à glisser peu à peu dans le suspens, on reste dans une superficialité de la narration, les boutades de Cary Grant ainsi que la banalité du quotidien du couple.
Hitchcock ne fait qu'appuyer les soupçons de Lina par quelques coïncidences peu crédibles.
Là où l'on percevait la complexité psychologique de Tippi Hedren dans Marnie ou encore le désespoir de Kim Novak dans vertigo, Joan fontaine reste lisse et peu convaincante si ce n'est qu'elle s'évanouit régulièrement au moindre doute... 
La bande son n'aide pas non plus Hitchcock à renforcer l'angoisse comme Bernard Herrmann le fera dans la plupart de ses films avec une force magistrale.

Cary Grant finit par lasser avec ses mimiques et ses feintes répétitives. Il représente la quintessence de cet âge d'or du cinéma américain et en même temps l'exemple même de ce jeu guindé que feront exploser les cinéastes du nouvel Hollywood, actors studio ou autres équivalents de la nouvelle vague en France.

Au final, n'ayant pas la main sur la direction de son récit, puisque le producteur l'invite à un happy-end fade et une fin de convenance, le film reste la petite comédie ennuyeuse qui nous fait, certes, sourire mais est loin de pouvoir laisser un souvenir tenace.

La déception l'emporte sur le soupçon.

Note : 2/5

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8 janvier 2017 7 08 /01 /janvier /2017 09:07

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Réalisateur : Brigitte Sy

Distribution : Leïla Behkti, Reda Kateb ...

Durée : 97 min
 

1957. Albertine, une condamnée, s'est échappée. 
Durant cette évasion elle se brise l'astragale, petit os du pied, et devient impuissante et livrée  ainsi à la providence qui ne tarde pas à surgir sous les traits de Julien. Il la prend sous son aile. S'ensuit alors une histoire d'amour dans la France d'après-guerre confrontée à son histoire coloniale en Algérie.

 

L'astragale est l'adapatation du roman éponyme écrit par Albertine Sarrazin.
 

La réalisatrice  affirme clairement dès le début son intention de ne pas faire de film d'époque avec ses repères habituels (les vêtements, les voitures, les moeurs datées) mais de privilégier, au contraire, les rapports humains, ceux-là intemporels, et le lien qui unit Albertine à Julien. Le noir et blanc, très esthétique, ne vise d'ailleurs pas à nous plonger dans le passé mais à induire une pudeur, une distance vis à vis des protagonistes, soulignant ainsi leur fragilité et leur sensibilité à fleur de peau.
Le chef opérateur insiste sur les visages, les émotions plutôt que sur les plans d'ensemble qui pourraient vite devenir ostensibles tant la reconstitution est impeccable.

 

Mais au-delà de la trame et du suspens, de la traque sourde et menaçante, c'est le portrait d'une femme qui intéresse Brigitte Sy. Belle et fatale, insupportable et parfois moche, traînant sa silhouette d'écorchée, Albertine ne fait aucun compromis lorsqu'il s'agit de vivre cet amour auquel elle aspire et qui vient apaiser ses cicatrices et ce cri qui la dévore jusqu'à la folie.
Libre de ses moeurs, mais prisonnière de sa souffrance.

Leïla Behkti est parfaite dans ce rôle, insaisissable et ne se laissant jamais réduire à un profil, incarnant pleinement cette femme à la psychologie complexe. Reda Kateb, doux, patient et déterminé, lui répond parfaitement et vient éponger les débordements de celle qu'il aime et tente de rassurer parfois en vain.


A l'instar des films de couple en cavale (Bonnie and Clyde, le get apens, Thelma et Louise), Brigitte Sy filme l'urgence qui évolue ici dans une France certes libérée, mais aux prises avec ses heures les plus sombres de l'histoire coloniale, où il est compliqué d'arborer un profil basané comme celui d'Albertine.
Une France à la fois audacieuse et aux moeurs filmées ici sans tabou, mais également rétrograde et réactionnaire.

Une France dans laquelle Pauline Dubuisson, qu'a tenté de caricaturer Clouzot (la vérité), n'avait pas sa place, pas plus que ne la trouve Albertine Sarrazin.

note : 3,5/5

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2 janvier 2017 1 02 /01 /janvier /2017 20:54


 

Réalisateur : Alberto Rodriguez

Distribution : Raul Arévalo, javier Gutiérrez ...

Durée : 105 min
 

Deux policiers sont envoyés afin d'enquêter sur la disparition d'adolescentes, dans le fin fond de l'Andalousie. Ils se heurtent à leurs propres différences et passés troubles, ainsi qu'à la violence d'autochtones encore fidèles en grande partie au franquisme dans un pays qui se veut pourtant en démocratie. 
 

Ce thriller malsain nous plonge, sans complaisance, dans une Espagne fétide.

En réponse à la violence de l'omerta et au climat sourd, nos deux protagonistes vont devoir employer une brutalité similaire pour tenter de percer les secrets et obtenir des aveux. Le réalisateur ne nous épargne ni les coups, ni les blessures. Ces deux hommes tentent, par tous les moyens, de résoudre leur enquête et de quitter un village que rien ne rend attrayant : ni les mentalités, ni les pratiques douteuses d'adolescentes désespérées et piégées qui rêvent d'un ailleurs et d'un avenir qui se réduit pour elles.
Le film n'est pas sans  rappeller Twin Peaks lorsque Dale Cooper débarque dans une bourgade pour enquêter sur la disparition de la célèbre Laura Palmer et qu'il  cherche à résoudre les mystères sordides.

 

Mais point d'humour dans ce film espagnol qui ne peut échapper à son histoire et aux relents qui, quoique juste effleurés, nous plongent dans une vérité qui aujourd'hui encore ne laisse pas ce pays indemne.
C'est donc une réussite dans cette évocation mais aussi dans le choix des ambiances et des plans qui rendent parfois l'image encore plus suintante comme les gouttes qui dégoulinent des visages étouffés par la rancoeur et la frustration.

Le film est relativement court, sans gras, et, même s'il manque d'originalité, reste d'une certaine efficacité. Aucun personnage ne semble manifester d'empathie si ne n'est l'un des deux flics  qui garde encore une certaine idée de sa fonction et de ses pratiques.

3,5/5

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5 mai 2010 3 05 /05 /mai /2010 15:56

wait

 

 

Réalisateur : Terence Young

Distribution : Audrey Hepburn, Alan Arkin, Richard Crenna

Durée : 1h48

Suzy, jeune femme aveugle, est mariée à un photographe qui se voit confier une étrange poupée au cours d'un voyage. Un homme dangereux, épaulé par 2 malfrats fraîchement sortis de prison, va tenter de remettre la main sur la poupée et son contenu. Dés lors notre jeune aveugle se retrouve seule dans les griffes des hommes qui vont la manipuler.

Terence Young, réalisateur du film, s'est surtout illustré pour avoir réalisé quelques James Bond avec Sean Connery. On s'étonne alors de le sentir aussi véloce et à l'aise dans ce film qui s'apparenterait plus à un thriller psychologique en huis clos à la Hitchcock qu'un film d'action. Et pourtant le film est parfait, prenant du début à la fin, intelligent dans son scénario et surtout servi par des acteurs de première main dont la magnifique Audrey Hepburn.

C'est certainement là le premier grand intérêt du film que d'utiliser la belle actrice pour un contre-emploi, ce qui est toujours payant au cinéma. Loin de sa belle petite frimousse ou joli minois, sa présence fragile, et surtout extrêmement crédible en tant qu'aveugle, est vraiment efficace mais aussi très touchante dans la relation qu'elle entretient avec son mari et la jeune fille complexée qui lui sauvera la mise. A partir de là Terence Young construit un film passionnant puisque jouant sur la manipulation que tentent d'exercer les hommes sur cette femme seule et vulnérable, nous prenant à témoin, ou pire, complices de ce qui se trame dans cet appartement.

Le huis-clos qui voit Hepburn se débattre dans cet appartement, n'est pas sans rappeler La corde (1948), du maître, sans prétendre, évidemment, à la même tension psychologique, mais le procédé de mise en scène peut s'y apparenter néanmoins. 

Le scénario, un peu confus ou compliqué au départ, est assez subtil pour conduire la tension crescendo et faire germer le doute dans l'esprit de cette pauvre aveugle.

Face à Audrey Hepburn, citons les excellents acteurs que sont Richard Crenna, dur au coeur tendre qui s'éprend rapidement de Suzy et cherche à la protéger du terrible Alan Arkin, acteur étonnant car à la fois dangereux, cynique et drôle. Derrière ses lunettes noires qu'il porte tout le film, on ne sait vraiment à quoi s'attendre jusqu'à la terrible scène finale où il laisse émerger sa cruauté mais aussi sa nature de dangereux psychopathe. Un acteur discret mais toujours impeccable que l'on avait remarqué récemment dans l'excellent Sunshine Cleaning.

Le talent du réalisateur est de rendre cette histoire passionnante avec une économie de moyens et surtout d'utiliser tous les procédés qui évoquent le monde de cette aveugle, de jouer avec la lumière et nous plonger enfin dans le noir pour une scène finale digne des plus grands thrillers.

Un film surprenant qui vaut largement le détour car, à une époque de surenchère de moyens technologiques, il est rafraîchissant de rappeler comment l'on racontait une histoire et ficelait un suspens il y a 40 ans.

Note : 4/5

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21 février 2010 7 21 /02 /février /2010 10:20
espions



Réalisateur : Nicolas Saada

Distribution : Guillaume Canet, Géraldine Pailhas, Stephen Rea, Archie Panjabi, etc...

Durée : 1h39 

Vincent, bagagiste à l'aéroport, se retrouve pris dans une affaire d'espionnage, à son insu, alors qu'il tentait de dépouiller la valise d'un diplomate contenant un explosif liquide hautement instable. Va commencer pour lui l'obligation de se racheter en gagnant le coeur de Claire pour infiltrer le réseau.

Espions, premier long métrage de Nicolas Saada, traduit une vision claire et un scénario précis pour un homme qui met à profit une longue expérience de critique aux cahiers du cinéma.
Le film est tout en subtilité et, même s'il n'est pas d'une grande originalité ou spectaculaire, il est simple et efficace. Saada souhaite clairement nous parler d'une histoire d'amour, une intrigue sentimentale sur fond de film d'espionnage sans qu'aucun des deux genres, cohabitant parfaitement ensemble, ne prenne le dessus.

En tant que grand cinéphile, il comprend qu'un bon scénario est la clé d'un film réussi.
Pour ce faire, aucune sophistication ou de déballage technologique, bien que traitant de la menace terroriste, on n'est pas dans la série 24h chrono. Espionnage et renseignement se déclinent ici à l'échelle humaine. Guillaume Canet n'est d'ailleurs pas Jack Bauer et son rôle d'individu embarqué dans une spirale qui le dépasse est tout à faire crédible. Il a d'ailleurs toujours brillé par son naturel et plus que jamais ici où il joue parfaitement le jeune impulsif, mais brillant et prétentieux, qui pense pouvoir gérer la situation mais se laisse vite rattraper par son inexpérience.
Géraldine Pailhas est sobre et belle, toute en émotions contenues.

Saada mise avant tout sur le lien complexe qui nait autour du mensonge et de la manipulation. Son grand talent est de tout effleurer sans jamais conclure ou d' élaborer de réel dénouement. 
Le fait de situer l'action à Londres, plutôt que de laisser l'histoire sentimentale, comme de coutume, se passer à Paris, amène également beaucoup de fraîcheur.

Sur la forme, le film ressemble d'ailleurs beaucoup à Ne le dis à personne (2006), excellent thriller de Canet, avec une caméra nerveuse, mobile, toujours à l'affut de l'agitation urbaine.
Pour autant le film est assez lent, mais jamais ennuyeux, sobre, modeste et en même tant d'une grande classe.
Il ne cherche jamais à copier les films de genre, ne ressemble à aucun autre et nous laisse assez enthousiastes quant à la suite de la nouvelle carrière de Saada.

Ce dernier répond parfaitement à l'adage : on n'est jamais mieux servi que par soi même

Note : 3,5/5

 
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18 février 2010 4 18 /02 /février /2010 17:14
mesrine-copie-1



Réalisateur : Jean-François Richet

Distribution : Vincent Cassel, Mathieu Amalric, Olivier Gourmet, Ludivine Sagnier, etc...

Durée : 2h10

Second volet sur la vie du célèbre gangster.

Rappelons avant de parler de cet opus que le premier volet, L'instinct de mort, était une réussite totale. Film noir, nerveux, sans concession, avec un Cassel extraordinaire et une mise en scène totalement haletante.
Le premier film nous parlait des origines du mal ou, en tous cas, comment l'homme se cherchait et embrassait la vie de gangster.

Annonçons d'emblée la déception pour cette suite. Le réalisateur nous présente désormais la vie du criminel comme une vocation, un engagement politique et presque militant.
Si le premier film était obscur, violent et ambivalent, ici aucune ambiguité. Mesrine devient personnage public sous les feux des projecteurs, s'affirmant plus comme un homme pétri d'illusions que comme une bête traquée.
Cassel, inquiétant dans le premier film, garde de son épaisseur, mais le personnage devient de fait moins convaincant, cabotinant, sûr de lui et n'ayant peut-être plus rien à prouver : la limite entre l'acteur et le personnage devient trouble.

Les acolytes de Mesrine dans le premier opus jouaient un rôle central. Depardieu était étonnant, les femmes présentes et merveilleusement interprétées. Cassel tire ici la couverture à lui, et même Amalric, pourtant toujours impeccable, est peu crédible dans un rôle sérieux de gangster. Ludivine Sagnier joue... Ludivine Sagnier. Pas de surprise.

Le talent du réalisateur reste évident et les scènes d'actions gardent leur panache. Mais celles-ci deviennent rapidement répétitives : braquage, fuite, collision, confrontation etc...
Ce qui faisait la richesse de L'instinct de mort, à savoir la relation qu'entretenait le personnage avec les autres, sa vie de famille, son image d'écorché, disparait pour laisser place au luxe, au confort d'un homme populaire jouant au jeu du chat et de la souris en permanence avec la police.

Finalement Richet ne parvient plus à garder la distance nécessaire avec Mesrine. La psychologie disparait dés lors pour laisser place à la complaisance pour une figure devenant christique comme l'atteste l'affiche troublante. On sent clairement la fascination du réalisateur pour ce héros déchu qui a certainement marqué l'opinion publique de l'époque, mais qui ne sert plus guère le suspens du thriller tel qu'on pouvait l'aimer dans le premier film.

C'est après tout peut-être la limite du biopic sur un homme dont on cherche à tout prix à nous vendre l'ego ...

Note : 3/5 
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21 janvier 2010 4 21 /01 /janvier /2010 16:22
twin



Réalisateur : David Lynch

Distribution : Sheryl Lee, Ray Wise, Kyle MacLachlan, Chris Isaak ...

Le film fait suite à la série culte, pour se concentrer sur la vie de Laura Palmer, sa mort et sa rédemption.

Impossible de ne pas évoquer la série Twin Peaks qui est, à mon sens, la plus grande de tous les temps si l'on excepte Le Prisonnier.
Point d'adrénaline ou de cliffhanger, qui rendent toutes les séries actuelles si addictives (même si beaucoup d'excellentes comme Dexter, Six Feet Under, In Treatment etc ...), mais un univers singulier laissant les genres se côtoyer, l'horreur et le kitch, le drame avec le burlesque. Une musique magnifique (Angelo Badalamenti, fidèle à Lynch), et une atmosphère particulière, onirique: des néons fébriles, du rouge intense, un nain se trémoussant sur un air swingue et racontant des choses qu'on ne comprend pas, bref le monde de David Lynch, artiste par excellence.

Ce qu'il a réalisé de meilleur dans sa filmographie quasi sans faille (avec l'incroyable Mulholland Drive).

Et surtout, les plus belles filles que l'on puisse contempler au cinéma ...

Malgré tout, la série se dégrade à la moitié, lorsque l'on découvre qui a tué Laura Palmer, et que Lynch s'en désintéresse clairement pour laisser la réalisation à d'autres. Ca devient du grand n'importe quoi, sans intérêt, mais n'entâchant en rien le talent et le génie de ce qu'a réalisé Lynch.

Alors on pourrait se questionner sur l'intérêt d'un film totalement opaque pour les profanes et inutile pour les autres d'autant que beaucoup des éléments, qui ont fait le charme de la série, sont absents : pas de Shérif Trumann et ses acolytes débiles, point d'hôtel du Grand Nord et de magnifique Audrey, pas de One-Eyed Jack's ou du bar Double R...

Finie la légèreté, Lynch se focalise sur la vie tragique et débauchée de Laura Palmer et se concentre sur sa mort. 
Dale Cooper (MacLachlan) qui était quand même le pion central et passionnant de la série, personnage attachant, maniaque, philosophe, habité par le bouddhisme et complètement humain (la mort de Leland restant l'une des plus belles scènes que j'ai vues) est cruellement absent.

On pourrait considérer alors ce long métrage comme un gros teaser pour la série mais ce serait un peu rabaisser le talent de Lynch d'autant qu'il y accentue son style, ses visions, la violence qui habite Laura Palmer et que rien n'est à jeter au terme des 2h15 qui nous habitent et passent comme un souffle.
Une scène extraordinaire dans un bar, où la tension malsaine, soutenue par une musique musclée, est à son comble d'autant qu'elle génère tout ce qui en découlera dans la série (même si antérieure).

Et puis il y a Bob... La figure la plus terrifiante du cinéma.

Enfin cette rédemption de Laura Palmer, réalisée après la série, boucle le cycle avec une certaine sérénité...

Bref un film moins anecdotique qu'il n'y parait et même accessible aux néophytes ouverts d'esprit ...

Note : 3,5/5
 
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22 novembre 2009 7 22 /11 /novembre /2009 10:16







Titre original : On the Waterfront.

Réalisateur : Elia Kazan.

Distribution : Marlon Brando, Karl Malden, Eva Marie Saint, Rod Steiger ...

L'histoire d'un boxeur raté, vivant sous la coupe du parrain local qui dirige le syndicat corrompu des dockers et ne garantit l'emploi que moyennant finances.
Rendu complice du meurtre d'un homme qui souhaitait parler, et parce qu'il tombe amoureux de la soeur de ce dernier, Brando décide de rompre la loi du silence, soutenu par le prêtre de la paroisse (Karl Malden).

Le film a été critiqué par certains car il faisait écho à la chasse aux sorcières qui sévissait aux Etats-Unis dans le contexte de la guerre froide. Kazan aurait participé à la dénonciation de communistes et certains voient dans ce film l'opportunité pour un homme de se racheter.

Il faut pourtant rester très prudent, laisser les faits politiques de l'époque dans leur contexte et voir dans ce film, non pas un  plaidoyer pour la délation, mais un regard sur les liens sociaux entre les travailleurs, une critique cinglante de la corruption et la nécessité de combattre un système vérouillé et vérolé. Déjà 50 années en arrière, ces thèmes font étrangement écho aujourd'hui.

Par ailleurs si le film est poignant et puissant, c'est parce que Kazan choisit le lyrisme exacerbé d'une histoire d'amour, qui révèle à lui-même l'homme par qui le changement arrive, et que le scénario suit la trame dramatique d'un polar noir et passionnant. 

Brando, à mon sens, est l'un des plus grands acteurs de l'histoire du cinéma et sa collaboration avec Kazan a toujours été plus que décisive : Un tramway nommé désir (1951) et Viva Zappata! (1952).
Sa prestation est ici magnifique, car différente par exemple d'Un tramway nommé désir où il dégage une tension sexuelle assez bestiale et inquiétante.
Dans Sur les quais, au contraire, se conjuguent l'apparence bourrue d'un boxeur déchu, grand enfant naïf, à une extrême douceur, une grande fragilité et finalement un sens de l'abnégation dans son implication.
Kazan filme brillamment l'évolution du personnage durant la première moitié du film pour en arriver à une fin haletante et grandiose.

La mise en scène et la photographie sont magnifiques, la musique de l'immense Bernstein exceptionnelle tant elle constituerait à elle seule l'un des protagonistes principaux du film. 

Brando rappelle le personnage de Rocky (1976), certainement en partie inspiré, car dans les 2 cas, c'est l'amour qui appelle la rédemption du boxeur mais là où Rocky choisit le rêve américain à travers son destin, Brando associe le sien à celui des hommes.

Karl Malden, trop connu pour la série Les rues de San Francisco et moins pour le reste, est un acteur formidable, ici charismatique dans le rôle du prêtre qui paye de sa personne et se sent investi d'une mission d'ordre sociale. Il guide les hommes, non pas vers sa paroisse, mais plutôt vers plus de justice et d'équité sociales. 

Certainement l'un des plus grands pour Kazan et Brando, Sur les Quais est un film majeur à ne pas manquer.

Note : 4,5/5 
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15 novembre 2009 7 15 /11 /novembre /2009 12:55







Réalisateur : Richard Fleischer

Distribution : Tony Curtis, Henri Fonda.

L'histoire d'un sérial-Killer qui étrangla 13 femmes en 1962 et sema la panique à Boston. L'homme schizophrène ne reconnaîtra pas ses meurtres qu'on n'arrivera jamais à prouver. Il sera d'abord interné puis, après des aveux en échange de la perpétuité, incarcéré pour finir assassiné en 1973.

The Boston Strangler est un film singulier qui affiche une réelle innovation au niveau de la forme et dans la façon de traiter un polar tournant ici rapidement en drame psychologique.
On pourrait presque considérer la trame narrative comme expérimentale puisque c'est la première fois que l'on utilise le split screen (scinder l'écran en plusieurs parties) au cinéma, qui plus est de façon tout à fait adaptée, alors que ce procédé sera employé par la suite de façon parfois abusive et artificielle.

Le film est clairement divisé en 2 parties.
La première heure enchaîne les crimes, et fait place à l'enquête prise en main par un Henri Fonda en juriste guindé et inexpressif (n'importe qui à sa place, à mon sens, aurait fait l'affaire). La mise en scène est dramatique et assez passionnante par l'emploi de ce split screen qui traduit bien l'atmosphère de paranoïa ambiante, mettant en parallèle tous ces gens pensant échapper à l'assassin en s'enfermant chez eux.

Le film montre également, assez subtilement, la montée des préjugés, chacun soupçonnant son voisin, dés lors que ce dernier affiche un mode de vie ou des moeurs différents : évocation de l'homosexualité considérée par ces gens comme une perversion, ce qui peut paraître audacieux pour l'époque, et une vision de l'Amérique assez intéressante par rapport à ce qu'elle laisse présager pour la suite.

L'autre trouvaille du film contribuant au suspens de cette enquête, est de ne faire apparaître l'assassin Tony Curtis qu'au bout d'une heure, soit à la moitié du film, moment où le propos bascule dans une introspection psychologique du détraqué, rapidement intercepté dés lors qu'il surgit.

Le rythme devient alors particulier, d'une grande sobriété et assez lent, voire hypnotique à la toute fin.

Toutefois, si cette tentative d'introduire la psychologie d'un sérial-killer est intéressante, le fait qu'Henry Fonda prenne la casquette du psychanalyste n'est pas très efficace ni très crédible.
Ses entretiens avec le tueur qui refoule ses actes, sont peu convaincants et quelque peu simplistes. 
 
Ce qui sauve cette chute de rythme est l'énorme performance de Tony Curtis, que l'on savait déjà immense acteur, mais qui est ici méconnaissable, grâce au maquillage, et donne une épaisseur incroyable, tout en subtilité, à son personnage inquiétant et mystérieux.
On sent dans son jeu le plaisir et la douleur que prend un homme traqué à étrangler ses proies.
Peu d'acteurs auraient interprété ce rôle avec autant de fragilité et de beauté tout en restant effrayants. 

Un film étonnant qui vaut donc le détour, malgré ses défauts, justement parce qu'il déstabilise et qu'il reste résolument différent d'autres films, même plus palpitants, traitant de sujets similaires.

Note : 3,5/5
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