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27 février 2017 1 27 /02 /février /2017 08:17

 

Réalisateur : Laszlo Nemes
 

Distribution : Geza Rohrig ...
 

Durée : 107 min

 

Saul fait partie des sonderkommandos, prisonniers chargés d'accompagner les déportés vers leur extermination dans les chambres à gaz et les fours crématoires. L'horreur de sa tâche, ainsi que la violence de ses liens avec les autres prisonniers, ne l'empêchent pas de vouloir s'occuper d'un enfant auquel il souhaite rendre un hommage digne ...
 

Le fils de Saul constitue une approche différente et nouvelle de l'horreur, à la fois dans le sujet mais aussi dans sa forme et son esthétique.
Nous suivons ici le cheminement d'un homme en sursis dont il n'est même pas envisageable d'imaginer le chaos intérieur ni le désespoir qui le poussent à la besogne à laquelle il est condamnée.

Le réalisateur ne cherche pas à expliquer mais plutôt à décrire. De son histoire familiale personnelle, certainement dans une tentative de libération du non-dit ou du cauchemar d'une telle mémoire collective, il crée un objet brut, froid, cruel et sans concession afin que nous puissions nous rendre compte des rapports violents qui animaient les prisonniers entre eux, de leurs instincts de survie ainsi que des contradictions qui les rongeaient, en opposition totale avec la vision héroïque des films hollywoodiens dont la liste de Schindler serait le symbole ultime et écoeurant, tout comme le fut la vita e bella où un père cherchait à distraire son fils ...

Laszlo Nemes ne cherche pas à revenir sur la solution finale ni même à décrire l'horreur des tortionnaires, bien que celle-ci transparaisse continuellement en toile de fond. Il tente d'être au plus proche du désespoir d'un homme, mais aussi de la mission qu'il se donne pour tenir.
Saul est incarné par Geza Rohrig, bien que non-acteur, époustouflant, organique et traduisant sur son visage tout l'effroi et l'émotion qui le submergent.
Sans chercher à le comprendre ou se mettre à sa place, Nemes le colle, le suit, caméra à l'épaule, afin d'observer ce qu'aurait pu être le devenir de tout un chacun, sans jugement, dans un tel cauchemar. Sa manière de filmer rappelle celle des frères Dardenne et notamment le fils où l'on suivait identiquement la nuque d'Olivier Gourmet, dans une même énergie du désespoir, un même stress palpable dans ce dos tendu.

Pas de musique pour nous manipuler ou nous faire sortir quelque larme qui pourrait déformer ce à quoi nous assistons.
Les corps s'amassent et ne nous épargnent pas, mais fugacement car il n'y a aucune complaisance à les montrer. 

Les cadrages sont ceux d'un photographe qui fait ce qu'il veut avec sa camera, privilégiant les profondeurs de champs réduites, donnant à l'image une esthétique incroyable et dense grâce à l'argentique, nous enfermant dans le cadre d'un format 4/3 étouffant, encadrure du dos de Saul marqué d'une croix rouge, symbole d'un sursis provisoire.

Les rapports entre les hommes sont brutaux et aucun moment d'empathie ou de tendresse ne viennent écarter Saul de sa mission ... 
Celle des autres est de laisser monter leur colère sourde et contenue, dans l'organisation d'un groupe de résistance.


Saul jusqu'au bout ne se détourne jamais de cet enfant et l'ambiguité de la scène finale, ainsi qu'un merveilleux sourire, le seul du film peut-être, bouleversent totalement notre regard sur cet homme dont on comprend qu'il est, peut-être, déjà gagné par la folie et le fantasme depuis un moment.
 

Il faut voir le fils de Saul car c'est là l'oeuvre d'un virtuose qui a, de surcroît, des choses à dire.
 

note : 4,5/5

 

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Published by Ruben Falkowicz - dans Drames
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