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13 janvier 2011 4 13 /01 /janvier /2011 20:50

eva

 

Réalisateur : Joseph Losey 

Distribution : Jeanne Moreau, Stanley Baker, Virna Lisi ... 

Durée : 116 min 


Tyvian Jones a tout pour lui : une fiancée magnifique et tendre, ainsi que la gloire après le succès de son roman dont il accepte l'adaptation au cinéma. Pourtant c'est bien la descente aux enfers d'un homme rongé et amer à laquelle nous assistons, lorsque ce dernier tombe fou amoureux de Eva, une femme qui ne lui laisse aucun autre choix que celui de la souffrance. 


Contrairement à ce que pourrait laisser supposer le titre, Eva n'est pas un portrait de femme car on ne sait rien d'elle, on peut juste deviner ses blessures intérieures faisant sourdement écho à celles qu'elle inflige à Tyvian, qui se laisse manipuler consciemment jusqu'à en perdre sa dignité et entraîner celle qui l'aime dans sa chute.

On pourrait concevoir ce film comme tremplin à The Servant (1963), tout aussi fort et implacable, où l'on voit Dirk Bogarde piétiner son maître jusqu'à en faire son esclave. C'est exactement ce rapport de domination et de sado-masochisme qui intéresse également ici Losey. 

Le propos du film rappelle également l'excellent Two Lovers (2008) de James Gray où Joachim Phoenix est déchiré entre la raison qui le pousse à épouser une fille lumineuse et aimante, et sa passion pour une femme dont il sait qu'elle ne le poussera que dans le précipice vers lequel il s'avance lucidement. Francesca qui aime Tyvian, également pour le pire, est sublime, certainement plus belle que Eva, mais le fait qu'elle lui soit complètement acquise ne laisse pas à Tyvian l'espace pour pouvoir la désirer, tandis que le mépris d'Eva n'a cesse d'alimenter la folie amoureuse de cet homme.

Rarement une actrice n'aura réussi à devenir aussi répugnante, à afficher autant de mépris tout en restant incroyablement attirante et désirable. Jeanne Moreau est ici stupéfiante, et certaines scènes pourraient rappeler en charge érotique la présence de Rita Hayworth dans Gilda, avec la pointe vénéneuse en plus.

Et pourtant ... Pourtant cet homme se fait piétiner, et Losey n'éveille aucune compassion en nous mais plutôt de la fascination pour cette femme cruelle et égoïste. On comprend également que l'écrivain porte un lourd secret qui le ronge et le pousse peut être à préférer une femme sans coeur, comme miroir de son âme souillée, et non la pureté juvénile de celle dont il sait qu'il ne peut rien lui offrir.

Le film est assez passionnant, la photographie irréprochable et la tension qu'injecte Losey dans sa mise en scène contribue à rendre cette relation insupportable. Pour autant la fin énigmatique amène une chute de rythme et une redondance à laquelle on aurait préféré une conclusion plus radicale ... Mais peut être était ce trop prévisible ?

 

Note : 3,5/5

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8 octobre 2010 5 08 /10 /octobre /2010 13:07

taxi.jpg

 

Réalisateur : Martin Scorcese

Distribution : Robert De Niro, Cybill Sherpherd, Jodie Foster, Harvey Keitel

Durée : 113 min

 

Travis, vétéran du Vietnam, est sujet à de fortes insomnies et cherche ainsi à occuper son temps la nuit. Il devient chauffeur de taxi, tombe amoureux de la belle Betsy mais se laisse gagner progressivement par la dépression et finit par pêter un plomb ...

Taxi driver fait partie de ces films cultes et intouchables qu'il est néanmoins bon de revisiter régulièrement. En effet, pour ma part, je n'avais quasiment aucun souvenir et c'est donc avec plaisir, mais aussi beaucoup de surprise, que je l'ai revu.

Ce qui me frappe c'est que contrairement aux bribes de souvenirs qu'il me restait du burn out de Travis, le film est plutôt lent, glauque et non entièrement violent et spectaculaire comme l'est la fin qui elle reste indélébile dans nos esprits. Je pense que le passage à l'acte final de De Niro a clairement marqué quelques générations de spectateurs, et a décrit la folie ou aliénation mentale avant bien d'autres tentatives. Paul Shrader, scénariste, a d'ailleurs souhaité écrire une d'adaptation de l'étranger de Camus.

Le propos du film s'il est simple et limpide, la lente chute d'un homme qui sombre dans la schizophrénie et la paranoïa, projette largement au-delà du simple cas individuel de Travis, et c'est toute la société américaine des années 70 que Scorcese décrit sans juger même s'il en donne une image glauque et sans espoir. Mais c'est la grande qualité du film, à mon sens, que de présenter une image largement subjective d'un milieu sujet aux vices et à une violence, certes réelle à New York, mais issue de l'esprit déjà malade d'un homme certainement traumatisé par son expérience au Vietnam. Le film installe dés le départ un sentiment de malaise, de flou avec des images d'ailleurs magnifiques la nuit, à travers le taxi où la pluie vient se réfléchir tout comme la foule dans le rétroviseur. Cela pourrait évoquer l'esprit de Travis puisque les rares instants lumineux sont ceux où il approche Betsy, son ange tout de blanc immaculé.

De Niro incarne un homme clairement dépressif, qui tente de s'accrocher aux gens qu'il côtoie, à son collègue à qui il se confie dans une scène boulversante où c'est un homme à bout, les larmes aux yeux, qui tente, en vain, de dire ce qui le ronge sans comprendre très bien ce qui cloche. Il s'accroche aussi à cette femme, interprétée par la sublime Cybill Shephard, mais commet des maladresses rédhibitoires. Ces scènes avec Betsy traduisent les germes de la psychose que contient l'esprit de cet homme déjà loin dans les contradictions et le mal-être. A la fois doux et sensible, il agit en même temps de façon étrange en emmenant sa belle dans un cinéma porno (dont il est fort question dans le film). 

Ses propos sur les rues à nettoyer de la racaille qui les salit, sont rapidement très inquiétants et montrent clairement que le "pêtage de plomb" de Travis n'est pas la conséquence d'un coeur déçu ou même d'une solitude que l'on perçoit ici comme écrasante, mais bien d'une histoire plus profonde, plus ancienne, que l'on devine dans les quelques évocations du Vietnam (les conséquences du conflit seront nettement plus explicites dans le chef-d'oeuvre Voyage au bout de l'enfer (1978).

Travis ne trouve plus sa place si ce n'est dans la violence que Scorcese lui-même en tant qu'acteur dans le film injecte lorsqu'il est question de tuer sa femme, dans une scène qui fait froid dans le dos, et qui agit comme détonateur sur notre personnage, puisqu'il se tourne alors vers les armes sans retour en arrière possible.

Dés lors c'est la partie la plus mémorable du film, avec la scène culte de Travis se parlant dans le miroir (improvisation totale de De Niro), et sa descente aux enfers où il décide de nettoyer les rues tel un ange exterminateur, un justicier qui pense travailler pour le gouvernement, et être investi d'une mission toute particullière. Pourtant Scorcese met encore une jeune fille sur sa route, comme pour lui donner une dernière chance. De Niro tente de sauver cette jeune prostituée interprétée par une Jodie Foster encore enfant et complètement stupéfiante de talent, de beauté et de naturel (ce sera nettement moins le cas par la suite). Mais c'est uniquement à l'issu du carnage final que Iris retrouvera la liberté que lui offre Travis.

Avant d'évoquer la fin du film assez déroutante, il convient de rappeler le talent du maître Scorcese, virtuose de la mise en scène avec des plans qui n'ont rien à envier à la caméra de De Palma (qui rôdait également autour du scénario), mais également celui des acteurs et surtout de De Niro, acteur parmi les acteurs, qui fait partie de ces rares que l'on a jamais l'impression de voir jouer tant ils investissent le rôle à fond (pâte actor's studio ?). Il est ici monstrueux, inquiétant et à la fois simple et sobre sans artifice ni cabotinnage avec cette constante intensité inquiétante dans le regard. Nul autre n'aurait été à ce point à la hauteur. La musique ne gâche rien puisqu'elle est celle du grand Bernard Hermann.

Mais si le film aurait pu se terminer sur ce climax, digne d'un film d'horreur, Scorcese choisit plutôt de faire retourner Travis à son quotidien comme si rien ne s'était réellement passé, si ce n'est que Iris est retournée chez elle et que l'on sent une pointe d'admiration chez les autres et plus particulièrement chez Betsy. Travis est rapidement réhabilité et nullement condamné par une société qui semble au contraire cautionner ses actes et le porter en héros. Qu'en est il ? Est ce le rêve d'un homme en train d'agoniser ? Est ce une façon de dire que la société est encore plus folle que lui et que cet individu n'est que la conséquence des maux qui la traverse ? Scorcese finalement condamnerait la violence de toute une société qui se glorifie de ses faits de guerre, le Vietnam devenant signe de reconnaissance entre les hommes ? Ou alors Travis est un martyr et l'on retrouve les préoccupations christiques de Scorcese mais en tous les cas cette fin m'apparaît assez étrange et hermétique.


Pour autant cela ne modifie en rien l'impact de ce chef-d'oeuvre qui mérite largement sa réputation et accessoirement sa palme d'Or.

Note : 5/5

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4 octobre 2010 1 04 /10 /octobre /2010 07:03

maria

 

Réalisateur : Rainer Werner Fassbinder

Distribution : Hanna Schygulla

Durée : 120 min

 

Durant la seconde guerre mondiale et au-delà, la vie de Maria, jeune mariée, qui doit rapidement se séparer de Hermann immédiatement rappelé à partir sur le front. Devenue entraîneuse dans un bar, elle rencontre Bill, soldat américain avec qui elle vit une histoire jusqu'au retour de son mari qui les surprend. Maria tue Bill et Hermann s'accuse du crime, s'éloignant d'elle une fois de plus pour purger sa peine. Maria va devoir s'émanciper et trouver du travail ...

 

Le mariage de Maria Braun s'inscrit dans une trilogie consacrée à des portraits de femmes : Le mariage de Maria Braun (1979), Lola (1981), Veronika Voss (1982).

Dans le présent film, Fassbinder s'intéresse à ce qui guide et permet à ceux qui restent, et donc principalement aux femmes, de tenir en temps de guerre mais surtout, et ce qui est assez fort, après la guerre. Il montre que finalement vivre est moins facile que survivre. Le film n'est certainement pas une vision politique ou historique de la guerre puisque les nazis sont absents et que l'on n'évoque pas du tout l'occupation ou encore la défaite lorsque les hommes reviennent.

Il s'agit juste d'une photographie du pays à un moment donné à travers des histoires individuelles et plus particulièrement celles des femmes. Un hommage à leur courage mais surtout la volonté de ne pas juger ni d'exclure leurs faiblesses durant une période particulièrement compliquée pour elles. A travers les amours de Maria, Fassbinder est plein d'empathie, fait abstraction de tout manichéisme et emplit son portrait d'humanité. 

C'est précisément ce qui rend Maria, incarnée par la magnifique Hannah Shygulla, si belle et touchante. A la fois farouche, rebelle et triste, elle fait son chemin avec un certain panache. Il y aurait presque une certaine absurdité dans la fidélité de cette femme à un homme qu'elle n'a connu que quelques jours, si Fassbinder ne montrait pas que la notion de fidélité ne pouvait se résumer à un voeu de chasteté. Maria est une femme dans l'attente qui n'oublie pas de vivre ni d'aimer pour accueillir celui qu'elle a choisi et à qui elle veut transmettre sa force. 

Le ton est volontairement léger, voire drôle, mais surtout cynique. Fassbinder ne tombe dans aucun pathos ou aucune complaisance, mais traduit son amertume à travers beaucoup d'humour, certes désabusé, mais signe de son talent. La scène initiale où l'on assiste au mariage de Maria sous les bombes, presque surréaliste, pourrait rappeler Underground (1995) : juxtaposition d'un quotidien qui s'organise chez des individus jamais résignés, avec la guerre qui balaye tout mais fertilise la vitalité de ceux qui résistent (même si l'on parle ici de l'Allemagne nazie). D'autres scènes, celles des amours de Maria, avec des hommes pas forcément très beaux, ni jeunes, sont à la fois charnelles et pudiques.  Les gros plans sur la peau et l'intimité des corps sont magnifiques comme le sont tous ceux du film tant la photographie est superbe et la mise en scène d'une maîtrise incroyable dans sa simplicité. 

C'est cette même simplicité qui résume le talent de Fassbinder car elle rend son cinéma passionnant et humain.

 

Note : 4,5/5

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29 septembre 2010 3 29 /09 /septembre /2010 08:44

fight.jpg

 

Réalisateur : David Fincher

Distribution : Edward Norton, Brad Pitt, Helena Bonham Carter

Durée : 139 min

 

Le narrateur raconte son morne quotidien uniquement motivé par l'achat de meubles IKEA. Il tente de vaincre sa solitude en arpentant les groupes d'anonymes à toutes les sauces et tous les maux. Jusqu'au jour où il rencontre Tyler qui le sort de sa torpeur en lui donnant goût pour la violence et la vie. Ensemble ils créent alors les Fight Club ...

Pour moi Fight Club est certainement l'un des films les plus importants dans la charnière qu'il compose entre les 2 siècles, ce qu'il dénonce s'étant largement accéléré au cours du XXI ème siècle. 

C'est clairement ce que l'on peu appeler un film subversif à la fois de part le ton qu'il emprunte mais aussi dans son contenu corrosif, provocateur ou politiquement incorrect. Ceci lui ayant d'ailleurs valu d'être taxé de dangereux fasciste ou d'anarchiste. Il n'en est rien. Fight club est simplement l'entreprise d'un réalisateur de talent (Seven, Alien3, the game etc...) d'adapter fidèlement le roman de Chuck Palahniuk qui n'a pas peur de mettre les pieds dans le plat et de nous alerter sur les maux de notre époque. L'homme refoule sa virilité ou son animalité, phagocyté qu'il est par son besoin matérialiste de posséder ou d'accumuler, le tout orchestré par un pouvoir financier toujours croissant.

Certes le film est violent, mais surtout dans ce qu'il nous renvoie et non dans ce qu'il montre. La véritable violence est celle qui agit en sourdine, mais qui, comme une lame de fond, asphyxie l'individu et son identité (Edward Norton n'a pas de nom au départ). 

Le film est d'un humour au cynisme grinçant comme cette évocation des meubles IKEA et l'obsession de Norton de tous les posséder comme une collection. Les virées nocturnes dans les groupes de paroles anonymes poussent également assez loin la satire. Mais Fincher s'entoure d'acteurs au talent et aux épaules assez larges pour donner du poids à son propos. Helena Bonham Carter, en suicidaire nihiliste, est parfaite et en même temps fidèle aux rôles sombres que son Tim Burton de mari lui donne habituellement.

Mais c'est le duo Norton / Pitt qui est des plus jubilatoires. Brad Pitt, comme souvent lorsqu'il joue les pitres cabotins est formidable. Il est la projection parfaite de ce que Norton aimerait devenir s'il lâchait prise sur sa vie et ses peurs. Le studt final est d'ailleurs ce qui m'a beaucoup impressionné la première fois  et qui transforme ce pauvre Norton, faible et victime, en dangereux malade schizophrène. Dés lors le film, en plus de dénoncer un système, explique l'aliénation mentale de ce cadre ordinaire, qui ne dort plus et sombre petit à petit dans la folie sans que ni lui ni nous ne l'avions suspecté.

L'atmosphère du film est malsaine et glauque comme celle du terrible thriller Seven (1995). Le rythme hâché en multiples scènettes, donnant parfois cet aspect " clip " renforce la narration, la rendant rapide, nerveuse et collant parfaitement avec le propos.

Pour moi c'est toute la première partie du film, à savoir la rencontre des 2 protagonistes, qui fonctionne le mieux, jusqu'à ce que Tyler Durden ne planifie ses plans chaotiques et anarchiques et que la superposition des 2 facettes du même peronnage n'éclate au grand jour. A partir de ce moment là, la volonté de Norton d'annihiler son double amène, selon moi, un élément inutile qui tire en longueur.

Mais la scène finale avec la chute de ces tours de la finance donne le vertige tant aujourd'hui elle ne manquerait pas d'à-propos

Et comme le dit Durden : " On a frôlé la vie"

Note : 3,5/5

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12 septembre 2010 7 12 /09 /septembre /2010 18:23

l-important.jpg

 

RéalisateurAndrzej Zulawski

Distribution : Romy Schneider, Fabio Testi, Jacques Dutronc, Klaus Kinski

Durée : 109 min

 

Nadine, actrice en déclain et angoissée par le temps qui passe, tombe amoureuse d'un photographe lequel trouvera en elle la grâce et la beauté nécessaires à son ambition de quitter un certain milieu à scandales où le travail peu avouable le faisait vivre jusqu'à présent. Mais la relation n'arrive à s'installer et se laisse gagner par la noirceur du milieu du show-biz.


Romy. Que dire de la plus belle femme et actrice que le cinéma français ait jamais connu. Au-delà de sa beauté, c'est la force et la violence contenues dans une personnalité des plus tourmentées qui jaillit à chaque fois qu'un réalisateur lui fait confiance, ce qui n'a pas toujours été le cas.


François Truffaut disait : " le cinéma c'est l'art de faire faire de jolies choses à de jolies femmes". Avec Zulawski on pourrait penser que le cinéma c'est l'art de faire faire des choses terribles à de jolies femmes. Car rappelons que le réalisateur n'est pas avare en provocations à l'égard d'un public qu'il aime choquer à chaque fois un peu plus. Dans Possession il poussera de la même façon Adjani au bout de son personnage, magnifique et laide à la fois, dans un film encore plus inquiétant et sulfureux.


Mais si Romy livre ici une stupéfiante prestation (qui lui vaudra son premier césar), c'est qu'il revêt une dimension toute personnelle et autobiographique. Lorsque l'on connaît le drame que fut sa vie ou les doutes et douleurs qu'elle a du surmonter, on comprend que ce rôle était à la fois pour elle mais aussi des plus difficiles à interpréter. A partir de ce moment le déclin et la dépression de l'actrice feront de sa vie un enfer.


Mais comme dans beaucoup des films de Zulawski, la noirceur du coeur des hommes ainsi que la perversion de leurs âmes sont rédibitoires. Aucun espoir pour ce photographe qui cherche à quitter un milieu mafieux, ou pour cette actrice au talent certain mais dont la confiance vacille et qu'un milieu violent et manipulateur va briser encore un peu plus. Sauf que ...

Sauf que l'amour, même si tourmenté au départ, avec la même complaisance pour le drame que l'on retrouvera dans Possession, qui fait de Zulawski  un réalisateur doué mais souvent agaçant, cet amour est la seule lueur d'espoir qui transparaît in extremis à la fin. Il faudra également à Nadine le sacrifice d'un homme étrangement interprété par un Dutronc triste et sobre, même si parfois cruel envers cette femme qu'il a sauvée et qui le fait souffrir.


En dehors de ce trio qui cherche son salut, les hommes sont cyniques, violents mais aussi malades et tourmentés. On n'échappe pas à une description complètement négative des acteurs, des artistes et de leur milieu malsain, avec encore une certaine complaisance pour un cynisme et des clichés, reflets certes d'une réalité, mais qu'il serait bon de nuancer.

Le terrible Kinski dont la seule présence donne du poids au film, apporte également à son personnage un troublant écho de l'homme qu'il était, capacité de l'acteur fou et mégalomane à se regarder en face.


Au final une histoire forte et dense, habitée par des acteurs formidables mais larmoyant et frôlant la complaisance pour le tragique et le malsain.


Mais il serait fou de passer à côté de la belle Romy ...


Note : 3,5/5


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11 septembre 2010 6 11 /09 /septembre /2010 09:09

revanche.jpg 

Réalisateur : Götz Spielmann

DistributionJohannes Krisch, Irina Potapenko, Andreas Lust, Ursula Strauss

Durée : 121 min

 

Alex et Tamara travaillent dans un bordel en Allemagne. Alex y est homme à tout faire et Tamara, sa compagne, prostituée... Alex cherche à convaincre celle-ci de changer de vie et pour cela entreprend le braquage d'une banque. Malheureusement celui-ci dérape et Tamara est tuée. Commence alors la traversée du désert pour Alex et le désir de vengeance ...

 

Revanche contrairement à ce qu'indiquerait son titre n'est pas un polar qui met en scène la vengeance d'un homme, sujet pourtant hautement jubilatoire, mais plutôt une réflexion sur la perte, le deuil, la culpabilité, le pardon, tout ce qui graviterait justement autour de celle-ci. 

Götz Spielmann nous parle du cheminement d'un homme qui sans le savoir va tenter d'accéder à la rédemption, celle des hommes, sans se flageller mais plutôt en se rapprochant de la nature et de son grand-père pour qui il commence à ressentir l'affection et la filiation.

Mais c'est également la passion avec une femme, qui n'est autre que celle de l'homme responsable de la mort se Tamara, qui va le sauver dans le don que celle-ci lui fait et dans l'empathie dont cet homme emmuré dans le silence avait besoin avant tout. 

 

La mise en scène est assez classique, la photographie trés belle, surtout lorsque Spielmann évoque la nature, et la narration fine et précise tout comme le sont les acteurs impeccables même si froids pour la plupart d'entre eux. Le film n'est d'ailleurs pas un déballage de bons sentiments, mais plutôt un récit débarassé de tout artifice qui va droit au but. Le portrait d'Alex est trés beau car loin de juger et sans complaisance, il arrive à décrire le chaos psychologique sourd qui nait dans l'esprit de cet homme brisé qui va malgré tout, petit à petit, trouver un sens à sa vie.

 

Sans choquer, Spielmann parvient à dépeindre des situations gênantes voire politiquement incorrectes, pourtant sans cynisme mais plutôt avec la volonté de présenter les hommes tels qu'ils sont. On pourrait y trouver une filiation avec le cinéma de Haneke, même si le classicisme et l'absence de procédé cinématographique nous en éloigne et que pour ce dernier, dans des films comme Benny's vidéo (1992) ou Le septième continent (1989), l'espoir disparaît au long du récit.

 

 Au final un film sobre, simple et beau qui permet une fine introspection.

 

Note : 4/5

 

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20 avril 2010 2 20 /04 /avril /2010 19:12

HANA-BI

 

 

Réalisateur : Takeshi Kitano

Distribution : Beat Takeshi

Durée : 1h43

Nishi est un inspecteur de police défait par la mort de sa fille, la maladie de sa femme et la paralysie de son meilleur coéquipier. Il finit par démissionner et entamer un voyage pour accompagner sa femme dans ses dernières heures. Mais il lui faut composer avec les yakuzas qui sont sur ses traces afin de lui faire payer ses dettes ...

Hana-bi constitue certainement le film le plus emblématique et abouti de Kitano. Toujours habité par le même univers fait de yakuzas, de brutalités, mais aussi de poésie et d'humour souvent cynique, il parvient ici à donner une densité, une grâce à ce film central dans la filmographie du réalisateur japonais. 

Comme dans la plupart de ses films, Kitano incarne le personnage principal, taiseux, bourru, violent, mais aussi capable de beaucoup de tendresse et d'humour. Le film épouse complètement les différents états d'âme de 'beat' Takeshi (son nom de scène). 

La forme est faite de ruptures de rythme. Des scènes tantôt contemplatives ou lentes, construites sur des plans fixes, tels des arrêts sur image, augurant du pire où la violence du policier vient s'exprimer brutalement. Loin d'être linéaire, la mise en scène repose sur l'agencement de ces scènes, ces flashbacks déroutant et la conduite du scénario s'organise tel le puzzle auquel se consacre la femme de Nishi. 

Il se dégage chez ces personnages une solitude, une tristesse et une douleur qui donnent le ton des films de Kitano, parfois malgré tout plus légers comme Scene at the sea (1991) ou L'été de Kikujiro (1999). Les rapports très formalisés de la société japonaise expliquent cet hermétisme entre les personnages comme le traduit de façon excessive le mutisme de Nishi incapable de communiquer ni avec ses proches, ni avec sa femme mourante. 

Mais l'humour est toujours là comme pour apaiser les peines ou au contraire accentuer la nostalgie que dégagent ces âmes solitaires et bourrues. Parfois cruel, cet humour, fidèle à celui des mangas, traduit amèrement ce que Nishi (ou Kitano lui même) ne dit sur ses blessures et démons.

Alors en plus de cette lenteur hypnotisante que vient régulièrement briser la brutalité des confrontations, parlons de la musique omniprésente chez Kitano que signe à chaque fois merveilleusement Joe Hisahi qui est au cinéma ce que pouvait l'être Morricone. Profonde, riche harmoniquement et mélancolique, elle épouse parfaitement la trame narratique de ses films comme ceux de myasaki.

Enfin, ce qui fait de hana-bi un film exceptionnel, ce sont les peintures réalisées par le compositeur pour le tournage et qui viennent ponctuer ce film triste et beau, et traduisent la sensibilité et le génie du grand Kitano. Un film qui se contemple et se mérite.

Note : 4,5/5


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15 avril 2010 4 15 /04 /avril /2010 20:07

femme influence

 

Réalisateur : John Cassavetes

Distribution : Gena Rowlands, Peter Falk, etc...

Durée : 2h35

Mabel est une femme perdue dans un cadre familial qui l'asphyxie et ne tolère pas ses angoisses, son envie de vivre et finalement sa différence. Les incompréhensions avec Nick sont maris deviennent abyssales, et le climat étouffant...

Les mots me manquent pour parler de ce chef d'oeuvre et pourtant l'émotion que je ressens encore maintenant, boulversé par l'intensité du jeu des acteurs, par le propos du film, ne peut me laisser muet.

Cassavetes est pour moi l'un des plus grands réalisateurs de l'histoire du cinéma. Il traque l'instinct de ses sublimes comédiens à travers la caméra, cherchant à capter le naturel et l'émotion la plus brute, parfois extrême comme dans Une femme sous influence. Il exige d'eux à la fois la précision aiguisée du texte et la quasi improvisation des scènes, ce qui rend son cinéma exigeant, mais tellement plus passionnant que celui qu'il voisine mais dont il cherche toute sa carrière à s'émanciper, à savoir le cinéma hollywoodien.

Comme dans la plupart de ses films, Cassavetes s'attache à traduire les impasses ou difficultés relationnelles entre les êtres humains et mettant en scène celle avec qui il partage la vie, il dévoile de fait ses questions sur le couple et sur la femme la représentant comme une autiste que son mari est incapable de comprendre et dont l'impuissance le rend alors nerveux et violent.

Si le film parle en filigrane de la folie, à mon sens ce n'est pas le propos du réalisateur, même s'il jette la lumière sur les méthodes de l'époque, l'internement forcé et les électrochocs destinés à remettre tout un chacun sur les rails d'une société frileuse. Ken Loach l'avait décrit avec force dans son terrible Family Life (1971). Je pense que c'est la plutôt la difficulté des rapports humains qui l'intéressent, les pressions qui peuvent mettre un individu, ou un couple, à bout. Mabel n'est pas folle, elle cherche simplement l'espace pour s'exprimer et se heurte à chaque fois à la méfiance des siens qu'elle effraie non par son comportement mais plutôt par le miroir qu'elle leur renvoie.

Est il utile de dire que Gena Rowlands est magnifique, belle, géniale, qu'elle donne à Mabel plus que la simple carapace de névrosée? Elle lui donne une humanité extraordinaire, tantôt drôle, tantôt touchante, et dégage une rare intensité émotionnelle. John Cassavetes nous prend par la main et nous fait entrer dans l'intime d'une famille, de telle façon qu'on ressent parfois une gêne identique à celle que ressentent les ouvriers lors d'une mémorable scène de repas. Mais si Cassavetes exprime dans ce film de façon évidente l'amour qu'il a pour sa femme, il n'en oublie pas moins son ami et compère de toujours, Peter Falk, incroyable de présence et de charisme. Il exprime magnifiquement les impasses de Nick qui aime sa femme mais ne la comprend plus ou lorsqu'il aimerait le faire et l'accueillir avec ses fantaisies, exprime maladroitement son amour avec plus de violence et de nervosité que de tendresse.

Ses rapports avec les enfants sont complètement stupéfiants tant la tension se ressent au niveau de ces derniers incroyables de naturel et fragilité. Ce sont les laissés pour compte dans cette histoire mais en même temps ceux qui font le lien dans cette famille et protègent leur mère dans une scène finale hallucinante et inexprimable.

La tension extrême et crescendo est telle qu'on en éprouve un rire nerveux, peut être aussi parce que l'humour de Cassavetes et de ses acolytes n'est jamais bien loin et que l'atmosphère de liberté qu'il installe sur ses plateaux s'en ressent très fortement dans ses films jamais étouffants, même si le contenu pourrait y prêter. La démarche de Cassavetes peut rappeler celle de Bergman qui a également exploré le couple sous toutes ses formes dans Scènes de la vie conjugale (1973), film presque contemporain à celui-ci et qui traduit les mêmes interrogations de son auteur.

Mais au final, Cassavetes est résolument positif,  et son clin d'oeil final nous donne quelques clefs à ce quotidien meurtri et sclérosé. On en ressort plus fort, avec la vitalité que nous a transmis ce cinéma généreux, mais aussi l'impression que peu de films pourront suivre après un tel bijou...

Note : 5/5

 

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14 avril 2010 3 14 /04 /avril /2010 11:10

wrestler

 

 

Réaliateur : Darren Aronofsky

Distribution : Mickey Rourke, Marisa Tomei, etc...

Durée : 1h49


Randy the Ram est une ancienne star du catch professionnel.                                                 Aujourd'hui hasbeen, peinant à joindre les 2 bouts, il tente de survivre de petits boulots et pauvres spectacles de secondes mains. Seuls lui permettent encore de tenir sa proximité avec Pam, stripteaseuse, sa volonté de reconquérir le coeur de sa fille et son amour pour le public.

The wrestler consacre le grand retour de Mickey Rourke dans un rôle taillé sur mesure pour ce film aride et percutant. Evidemment ce qui saute aux yeux, par ailleurs assez troublant, est que le rôle de ce catcheur qui ne lâche jamais l'affaire, même abandonné de tous, dans les pires moments, se confond complètement avec la vie de l'acteur, houleuse, ingrate et cruelle pour celui qui fût la coqueluche des années 80.

Pourtant la réussite du film, même si avec un autre eût été moindre, ne tient pas uniquement au talent ou au naturel avec lesquels Rourke se met dans la peau du "bélier".

En premier lieu le sujet, et donc le scénario, constituent, à mon sens, un gros point fort. Prendre ce sujet aussi peu sexy qu'est le catch, afin d'explorer l'envers du décor et le rendre intéressant, humain, voire touchant, était une gageure pour Aronofsky.

On perçoit à quel point, en plus d'être un spectacle où tout est joué, mais où les participants sont loins de faire semblant, se livrant à fond tels des gladiateurs pour le simple bonheur du peuple, c'est avant tout un sport où ils doivent s'entraîner, se brûler et sacrifier leurs corps, meurtris, parfois handicapés et mutilés, pour être à la hauteur justement du spectacle. D'où notre méconnaissance du milieu, n'y voyant qu'un simple exutoire pour des hordes de sauvages ou le show artificiel et vulgaire de brutes, on découvre au contraire un milieu solidaire, difficile et ingrat, où la tendresse entre les sportifs prime sur la compétition. On est presque stupéfait de voir ces colosses s'inquiéter du sort de l'autre ou se féliciter pour le spectacle à l'issue de ce qui semblerait être une boucherie.

Là où l'on aurait pu craindre un film ostentatoire et spectaculaire, de la part du réalisateur de Requiem for a dream (2000), The Wrestler est au contraire sobre, intimiste à l'image de Rourke qui ne cabotine jamais, est tout en douceur et abnégation. Les larmes de ce dernier sont bien plus touchantes et efficaces que n'importe quel effet, car on ne sait pas si c'est Randy the Ram ou Mickey qui pleure. Complètement boulversant ...  On est alors plus proche du documentaire que de la fiction. De sa traversée du désert, il en aura puisé une maturité étonnante, loin de ce que l'on évoquait dans Barfly. 

De même que les rapports avec sa fille, ou son amitié intime avec cette strip teaseuse, toute aussi esseulée, magnifiquement interprétée par Marisa Tomei, le film avance avec douceur, mais non sans violence. Celle-ci jamais gratuite car fidèle à ce que vivent ces hommes dont les blessures intérieures sont bien plus profondes que celles montrées à l'écran, et c'est la grande réussite du film et la majestuosité de Rourke, acteur et homme, qui porte le rôle de ce catcheur au sommet pour un dernier baroude d'honneur dans une scène finale incroyable... 

Note : 4,5/5

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6 avril 2010 2 06 /04 /avril /2010 08:23

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Réalisateur : Ronit et Schlomi Elkabetz 

Distribution : Ronit Elkabetz, Simon Abkarian 

Durée : 1h37 

Dans les années 70, à Haïfa, Vivianne se noie dans l'impasse de son quotidien, face à un mari amorphe, un amant qui débarque et surtout la société israëlienne avec son archaïsme et ses traditions asphyxiantes. 

L'histoire du film est directement issue des souvenirs d'enfance de Ronit Elkabetz, et de son frère Schlomi, qui décide non pas de dénoncer mais juste de proposer une photographie d'une famille sinistrée dans une société réactionnaire incapable d'évoluer. Schlomo prend la caméra et Ronit le rôle de leur mère. 

On a déjà eu l'occasion d'évoquer le féminisme courageux, de Ronit Elkabetz, pour ce qu'il apporte de vital dans une société liberticide, dans le précédent film excellent Mariage Tardif, et de dire combien cette femme, en plus d'être sublime, est certainement l'une des meilleures actrices actuelles. 

Prendre femme, est une nouvelle variation sur ce thème.

Mais à chaque fois Ronit Elkabetz renouvelle le propos et propose un angle différent afin d'éviter redondance ou répétition et de balayer le plus largement tous les aspects de la vie d'une femme juive dans un pays exsangue. 

La forme des films qui traitent de l'intime d'une famille juive, du huis clos d'un couple, peut sembler théâtrale ou surjouée et pourtant tout est réaliste, fidèle et juste.

Le film démarre de façon spectaculaire avec ce plan sur le visage de Vivianne et ses frères qui la travaillent pour lui faire oublier son caprice existentiel, lui faire ravaler son émancipation et rester avec son mari, façade nécessaire vers une société qui n'a que faire des femmes seules ou divorcées comme le montrait mariage tardif.

Les symboles sont un peu marqués ou didactiques, mais c'est pour mieux asseoir le drame qui se joue pour cette femme mais aussi pour sa famille. 

Ce qui donne de la subtilité au propos c'est que les Elkabetz n'accablent pas pour autant le mari, mais montrent juste son impuissance à rendre sa femme heureuse, engoncé qu'il est dans sa culture et sa religion qui le dévorent.

Les enfants souffrent incroyablement de ces tensions. Personne n'est libre dans cette famille.

La vieille grand-mère observe passivement ce quotidien édifiant, avec un soupçon d'empathie pour ce qui semble faire écho en elle. 

Gilbert Melki apporte la seule bouffée d'oxygène et issue pour Vivianne, mais aussi pour le spectateur qui subit quand même ces tensions et crises d'hystérie.

Alors oui, il y a du Cassavetes dans cet appartement et le jeu de Ronit n'a rien à envier à celui de Gena Rowlands dans Une femme sous influence (1974). On la voit étouffer, souffrir et on pressent en même temps qu'il n'y a rien à faire, aucun espoir. 

Car rappelons que le film évoque les années 70 et qu'à cette époque dans la société israëlienne, pas plus aujourd'hui d'ailleurs, rien ne bouge et certainement pas le droit des individus. 

Note : 4/5

 

 

 

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