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15 avril 2010 4 15 /04 /avril /2010 20:07

femme influence

 

Réalisateur : John Cassavetes

Distribution : Gena Rowlands, Peter Falk, etc...

Durée : 2h35

Mabel est une femme perdue dans un cadre familial qui l'asphyxie et ne tolère pas ses angoisses, son envie de vivre et finalement sa différence. Les incompréhensions avec Nick sont maris deviennent abyssales, et le climat étouffant...

Les mots me manquent pour parler de ce chef d'oeuvre et pourtant l'émotion que je ressens encore maintenant, boulversé par l'intensité du jeu des acteurs, par le propos du film, ne peut me laisser muet.

Cassavetes est pour moi l'un des plus grands réalisateurs de l'histoire du cinéma. Il traque l'instinct de ses sublimes comédiens à travers la caméra, cherchant à capter le naturel et l'émotion la plus brute, parfois extrême comme dans Une femme sous influence. Il exige d'eux à la fois la précision aiguisée du texte et la quasi improvisation des scènes, ce qui rend son cinéma exigeant, mais tellement plus passionnant que celui qu'il voisine mais dont il cherche toute sa carrière à s'émanciper, à savoir le cinéma hollywoodien.

Comme dans la plupart de ses films, Cassavetes s'attache à traduire les impasses ou difficultés relationnelles entre les êtres humains et mettant en scène celle avec qui il partage la vie, il dévoile de fait ses questions sur le couple et sur la femme la représentant comme une autiste que son mari est incapable de comprendre et dont l'impuissance le rend alors nerveux et violent.

Si le film parle en filigrane de la folie, à mon sens ce n'est pas le propos du réalisateur, même s'il jette la lumière sur les méthodes de l'époque, l'internement forcé et les électrochocs destinés à remettre tout un chacun sur les rails d'une société frileuse. Ken Loach l'avait décrit avec force dans son terrible Family Life (1971). Je pense que c'est la plutôt la difficulté des rapports humains qui l'intéressent, les pressions qui peuvent mettre un individu, ou un couple, à bout. Mabel n'est pas folle, elle cherche simplement l'espace pour s'exprimer et se heurte à chaque fois à la méfiance des siens qu'elle effraie non par son comportement mais plutôt par le miroir qu'elle leur renvoie.

Est il utile de dire que Gena Rowlands est magnifique, belle, géniale, qu'elle donne à Mabel plus que la simple carapace de névrosée? Elle lui donne une humanité extraordinaire, tantôt drôle, tantôt touchante, et dégage une rare intensité émotionnelle. John Cassavetes nous prend par la main et nous fait entrer dans l'intime d'une famille, de telle façon qu'on ressent parfois une gêne identique à celle que ressentent les ouvriers lors d'une mémorable scène de repas. Mais si Cassavetes exprime dans ce film de façon évidente l'amour qu'il a pour sa femme, il n'en oublie pas moins son ami et compère de toujours, Peter Falk, incroyable de présence et de charisme. Il exprime magnifiquement les impasses de Nick qui aime sa femme mais ne la comprend plus ou lorsqu'il aimerait le faire et l'accueillir avec ses fantaisies, exprime maladroitement son amour avec plus de violence et de nervosité que de tendresse.

Ses rapports avec les enfants sont complètement stupéfiants tant la tension se ressent au niveau de ces derniers incroyables de naturel et fragilité. Ce sont les laissés pour compte dans cette histoire mais en même temps ceux qui font le lien dans cette famille et protègent leur mère dans une scène finale hallucinante et inexprimable.

La tension extrême et crescendo est telle qu'on en éprouve un rire nerveux, peut être aussi parce que l'humour de Cassavetes et de ses acolytes n'est jamais bien loin et que l'atmosphère de liberté qu'il installe sur ses plateaux s'en ressent très fortement dans ses films jamais étouffants, même si le contenu pourrait y prêter. La démarche de Cassavetes peut rappeler celle de Bergman qui a également exploré le couple sous toutes ses formes dans Scènes de la vie conjugale (1973), film presque contemporain à celui-ci et qui traduit les mêmes interrogations de son auteur.

Mais au final, Cassavetes est résolument positif,  et son clin d'oeil final nous donne quelques clefs à ce quotidien meurtri et sclérosé. On en ressort plus fort, avec la vitalité que nous a transmis ce cinéma généreux, mais aussi l'impression que peu de films pourront suivre après un tel bijou...

Note : 5/5

 

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Published by Ruben Falkowicz - dans Drames
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David 16/04/2010 12:13


Tout à fait d'accord avec ce texte. Je ne connais rien de plus vivant que le cinéma de Cassavetes: l'improvisation étant liée à un travail d'acteur important ; et la mise en scène donnant une
dynamique que l'on reçoit physiquement: tout est mouvement, tout est désir. A propos d'Une Femme Sous Influence - film indépassable en ce qui concerne la modernité et la charge d'émotions qui le
traversent (pure image-affect) - je n'ai jamais oublié la scène de la piqure, montrant à quel point la famille est une institution visant à étouffer la vitalité des personnes fragiles. Les gens
normaux n'ont rien d'exceptionnel. Je compte revoir prochainement Shadows: n'oublions pas que Charles Mingus en a composé la Bande Originale - association exceptionnelle dans l'histoire du cinéma.


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