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8 octobre 2010 5 08 /10 /octobre /2010 13:07

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Réalisateur : Martin Scorcese

Distribution : Robert De Niro, Cybill Sherpherd, Jodie Foster, Harvey Keitel

Durée : 113 min

 

Travis, vétéran du Vietnam, est sujet à de fortes insomnies et cherche ainsi à occuper son temps la nuit. Il devient chauffeur de taxi, tombe amoureux de la belle Betsy mais se laisse gagner progressivement par la dépression et finit par pêter un plomb ...

Taxi driver fait partie de ces films cultes et intouchables qu'il est néanmoins bon de revisiter régulièrement. En effet, pour ma part, je n'avais quasiment aucun souvenir et c'est donc avec plaisir, mais aussi beaucoup de surprise, que je l'ai revu.

Ce qui me frappe c'est que contrairement aux bribes de souvenirs qu'il me restait du burn out de Travis, le film est plutôt lent, glauque et non entièrement violent et spectaculaire comme l'est la fin qui elle reste indélébile dans nos esprits. Je pense que le passage à l'acte final de De Niro a clairement marqué quelques générations de spectateurs, et a décrit la folie ou aliénation mentale avant bien d'autres tentatives. Paul Shrader, scénariste, a d'ailleurs souhaité écrire une d'adaptation de l'étranger de Camus.

Le propos du film s'il est simple et limpide, la lente chute d'un homme qui sombre dans la schizophrénie et la paranoïa, projette largement au-delà du simple cas individuel de Travis, et c'est toute la société américaine des années 70 que Scorcese décrit sans juger même s'il en donne une image glauque et sans espoir. Mais c'est la grande qualité du film, à mon sens, que de présenter une image largement subjective d'un milieu sujet aux vices et à une violence, certes réelle à New York, mais issue de l'esprit déjà malade d'un homme certainement traumatisé par son expérience au Vietnam. Le film installe dés le départ un sentiment de malaise, de flou avec des images d'ailleurs magnifiques la nuit, à travers le taxi où la pluie vient se réfléchir tout comme la foule dans le rétroviseur. Cela pourrait évoquer l'esprit de Travis puisque les rares instants lumineux sont ceux où il approche Betsy, son ange tout de blanc immaculé.

De Niro incarne un homme clairement dépressif, qui tente de s'accrocher aux gens qu'il côtoie, à son collègue à qui il se confie dans une scène boulversante où c'est un homme à bout, les larmes aux yeux, qui tente, en vain, de dire ce qui le ronge sans comprendre très bien ce qui cloche. Il s'accroche aussi à cette femme, interprétée par la sublime Cybill Shephard, mais commet des maladresses rédhibitoires. Ces scènes avec Betsy traduisent les germes de la psychose que contient l'esprit de cet homme déjà loin dans les contradictions et le mal-être. A la fois doux et sensible, il agit en même temps de façon étrange en emmenant sa belle dans un cinéma porno (dont il est fort question dans le film). 

Ses propos sur les rues à nettoyer de la racaille qui les salit, sont rapidement très inquiétants et montrent clairement que le "pêtage de plomb" de Travis n'est pas la conséquence d'un coeur déçu ou même d'une solitude que l'on perçoit ici comme écrasante, mais bien d'une histoire plus profonde, plus ancienne, que l'on devine dans les quelques évocations du Vietnam (les conséquences du conflit seront nettement plus explicites dans le chef-d'oeuvre Voyage au bout de l'enfer (1978).

Travis ne trouve plus sa place si ce n'est dans la violence que Scorcese lui-même en tant qu'acteur dans le film injecte lorsqu'il est question de tuer sa femme, dans une scène qui fait froid dans le dos, et qui agit comme détonateur sur notre personnage, puisqu'il se tourne alors vers les armes sans retour en arrière possible.

Dés lors c'est la partie la plus mémorable du film, avec la scène culte de Travis se parlant dans le miroir (improvisation totale de De Niro), et sa descente aux enfers où il décide de nettoyer les rues tel un ange exterminateur, un justicier qui pense travailler pour le gouvernement, et être investi d'une mission toute particullière. Pourtant Scorcese met encore une jeune fille sur sa route, comme pour lui donner une dernière chance. De Niro tente de sauver cette jeune prostituée interprétée par une Jodie Foster encore enfant et complètement stupéfiante de talent, de beauté et de naturel (ce sera nettement moins le cas par la suite). Mais c'est uniquement à l'issu du carnage final que Iris retrouvera la liberté que lui offre Travis.

Avant d'évoquer la fin du film assez déroutante, il convient de rappeler le talent du maître Scorcese, virtuose de la mise en scène avec des plans qui n'ont rien à envier à la caméra de De Palma (qui rôdait également autour du scénario), mais également celui des acteurs et surtout de De Niro, acteur parmi les acteurs, qui fait partie de ces rares que l'on a jamais l'impression de voir jouer tant ils investissent le rôle à fond (pâte actor's studio ?). Il est ici monstrueux, inquiétant et à la fois simple et sobre sans artifice ni cabotinnage avec cette constante intensité inquiétante dans le regard. Nul autre n'aurait été à ce point à la hauteur. La musique ne gâche rien puisqu'elle est celle du grand Bernard Hermann.

Mais si le film aurait pu se terminer sur ce climax, digne d'un film d'horreur, Scorcese choisit plutôt de faire retourner Travis à son quotidien comme si rien ne s'était réellement passé, si ce n'est que Iris est retournée chez elle et que l'on sent une pointe d'admiration chez les autres et plus particulièrement chez Betsy. Travis est rapidement réhabilité et nullement condamné par une société qui semble au contraire cautionner ses actes et le porter en héros. Qu'en est il ? Est ce le rêve d'un homme en train d'agoniser ? Est ce une façon de dire que la société est encore plus folle que lui et que cet individu n'est que la conséquence des maux qui la traverse ? Scorcese finalement condamnerait la violence de toute une société qui se glorifie de ses faits de guerre, le Vietnam devenant signe de reconnaissance entre les hommes ? Ou alors Travis est un martyr et l'on retrouve les préoccupations christiques de Scorcese mais en tous les cas cette fin m'apparaît assez étrange et hermétique.


Pour autant cela ne modifie en rien l'impact de ce chef-d'oeuvre qui mérite largement sa réputation et accessoirement sa palme d'Or.

Note : 5/5

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Published by Ruben Falkowicz - dans Drames
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