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22 novembre 2009 7 22 /11 /novembre /2009 10:16







Titre original : On the Waterfront.

Réalisateur : Elia Kazan.

Distribution : Marlon Brando, Karl Malden, Eva Marie Saint, Rod Steiger ...

L'histoire d'un boxeur raté, vivant sous la coupe du parrain local qui dirige le syndicat corrompu des dockers et ne garantit l'emploi que moyennant finances.
Rendu complice du meurtre d'un homme qui souhaitait parler, et parce qu'il tombe amoureux de la soeur de ce dernier, Brando décide de rompre la loi du silence, soutenu par le prêtre de la paroisse (Karl Malden).

Le film a été critiqué par certains car il faisait écho à la chasse aux sorcières qui sévissait aux Etats-Unis dans le contexte de la guerre froide. Kazan aurait participé à la dénonciation de communistes et certains voient dans ce film l'opportunité pour un homme de se racheter.

Il faut pourtant rester très prudent, laisser les faits politiques de l'époque dans leur contexte et voir dans ce film, non pas un  plaidoyer pour la délation, mais un regard sur les liens sociaux entre les travailleurs, une critique cinglante de la corruption et la nécessité de combattre un système vérouillé et vérolé. Déjà 50 années en arrière, ces thèmes font étrangement écho aujourd'hui.

Par ailleurs si le film est poignant et puissant, c'est parce que Kazan choisit le lyrisme exacerbé d'une histoire d'amour, qui révèle à lui-même l'homme par qui le changement arrive, et que le scénario suit la trame dramatique d'un polar noir et passionnant. 

Brando, à mon sens, est l'un des plus grands acteurs de l'histoire du cinéma et sa collaboration avec Kazan a toujours été plus que décisive : Un tramway nommé désir (1951) et Viva Zappata! (1952).
Sa prestation est ici magnifique, car différente par exemple d'Un tramway nommé désir où il dégage une tension sexuelle assez bestiale et inquiétante.
Dans Sur les quais, au contraire, se conjuguent l'apparence bourrue d'un boxeur déchu, grand enfant naïf, à une extrême douceur, une grande fragilité et finalement un sens de l'abnégation dans son implication.
Kazan filme brillamment l'évolution du personnage durant la première moitié du film pour en arriver à une fin haletante et grandiose.

La mise en scène et la photographie sont magnifiques, la musique de l'immense Bernstein exceptionnelle tant elle constituerait à elle seule l'un des protagonistes principaux du film. 

Brando rappelle le personnage de Rocky (1976), certainement en partie inspiré, car dans les 2 cas, c'est l'amour qui appelle la rédemption du boxeur mais là où Rocky choisit le rêve américain à travers son destin, Brando associe le sien à celui des hommes.

Karl Malden, trop connu pour la série Les rues de San Francisco et moins pour le reste, est un acteur formidable, ici charismatique dans le rôle du prêtre qui paye de sa personne et se sent investi d'une mission d'ordre sociale. Il guide les hommes, non pas vers sa paroisse, mais plutôt vers plus de justice et d'équité sociales. 

Certainement l'un des plus grands pour Kazan et Brando, Sur les Quais est un film majeur à ne pas manquer.

Note : 4,5/5 

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commentaires

David F. 23/11/2009 23:07


Ton commentaire sur ce film est juste. "Sur les Quais" 'est le film que j'ai le plus vu dans ma vie (avec Les Quatre Cents Coups et Blow Out). Brando tient ici son meilleur rôle, le moindre de ses
gestes est précis, et révélateur des pensées et sentiments du personnage. Exemple quand Eva Marie Saint laisse tomber son gant, que Brando ramasse et passe à sa propre main au lieu de le lui
rendre. Tout est chargé de double sens, avec en toile de fond cette "loi du silence" toujours sur le point d'être brisée. Malden effectivement a un rôle dense, pour une fois du bon côté (ce qui est
rare à son propos). Mais plutôt qu'une comparaison avec Rocky, il faudrait plutôt nommer "Raging Bull", dont une scène du film de Scorsese fait directement allusion: De Niro qui raconte la
conversation de Brando avec son frère dans le taxi: "Charley, I could have been someone, but because of you I'm a bum etc...". Le dernier plan du film, en revanche, me laisse perplexe: la scène du
lynchage, et la rédemption explicitement christique. Mais c'est vrai que De Niro, les bras en croix sur le ring, se laissant tabasser, avait la même posture...


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