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25 février 2010 4 25 /02 /février /2010 19:54
follet



Réalisateur : Louis Malle

Distribution : Maurice Ronnet

Durée : 1h48

Alain est en séjour à la maison de la santé pour y soigner son alcoolisme. Seulement la dépression dans laquelle il se trouve le contraint à préférer y rester ou imaginer le pire...

Avec Le feu follet Louis Malle adapte le roman de Pierre Drieu La Rochelle qui s'inspirait lui même de son ami Jacques Rigaut toxicomane qui finira par se suicider.
L'écrivain admirait cet homme par dessus tout même s'il pouvait lui reprocher de ne rien aboutir ou de gâcher son potentiel.
Louis Malle transpose le roman de La Rochelle, alors ancré dans la période surréaliste, et d'entre deux guerres, dans une sombre période de guerre coloniale et de l'indépendance de l'Algérie. L'engagement, ou plus précisemment le manque d'engagement, est ce qui ronge Alain même s'il tente de condamner ses amis activistes de L'O.A.S.

Le film peut être appréhendé à différents niveaux. Le malaise qui conduit Alain à commettre l'inéluctable est exposé subtilement de plusieurs façons.
C'est à la fois l'angoisse de la mort, la fin de la jeunesse, mais précisément par ailleurs la mort, unique salut pour accélérer une vie morne, dans laquelle le désespéré ne parvient plus à saisir, à toucher le monde qui l'entoure.
L'image est belle. Un feu follet. Une lumière vive et incandescente dans la nuit que l'on sent fragile et éphémère. C'est par ses amis et relations que l'on comprend qui est Alain et quelle fut son prestige et son heure de gloire. Tous l'aiment, l'admirent, le désirent. Mais lui ne veut plus, ne peut plus.  Les femmes sur lesquelles il dit n'avoir jamais de prise mais en compagnie desquelles seulement, il arrive à avoir une prise sur quelque chose, ces femmes, il ne peut les désirer. L'impuissance est évoquée subtilement, en filigrane.

C'est la vieillesse que Malle aborde, mais aussi une jeunesse désabusée, qui ne peut s'engager. Le film n'est pas particulièrement marqué politiquement, mais il conserve une portée sociale. De part les rencontres d'Alain, ce sont donc des groupes dont on perçoit la satire. Les snobs parisiens qui pratiquent l'hypocrisie ou les bobos qui tentent de refaire le monde dans un climat de débauche (scène où apparaît Jean Moreau).

La mise en scène et la photographie sont magnifiques. Le texte est également finement écrit car réussissant à dépasser le cadre littéraire du livre de Drieu La Rochelle. Mais ne tournons pas autour du pot et disons le : c'est Maurice Ronnet qui porte complètement la magie du feu follet sur ses épaules. Personnage fragile et fort, avec énormément de prestance et de grace. C'est un peu le Tony Curtis français qui endosse un rôle cruellement adapté puisque l'acteur souffrait lui même de l'alcoolisme.

Difficile d'incarner avec plus de justesse, de puissance et d'intériorité le déclin d'un homme pourtant encore dans la force de l'âge.
Le film débouche inévitablement, à travers le sort de cet homme, sur le sens de la vie, sur la place de l'homme dans la société et la part qu'il désire prendre ou non dans son époque.

Alain fuit complètement tout ce qui pourrait le confronter à ces questions et, telle une lumière qui vacillerait puis s'atténuerait, il s'éteint petit à petit, ne trouvant d'autre issue que celle de la mort. Il glorifie l'ombre car ne supporte pas le soleil. 

Louis Malle fait le lien avec les surréalistes à travers la musique de Satie, omniprésente et même si l'on est allergique, il faut bien recconaître qu'elle colle parfaitement aux déambulations du personnage ainsi qu'à son état d'esprit suicidaire (j'en connais qui se pendraient à écouter plus d'une heure de Satie...)

Un film donc profond qui ne prend pas nécessairement aux tripes sur le coup mais laisse une trace comme celle d'Alain derrière lui.
"Je laisserai sur vous une tâche indélébile".

Note : 4,5/5

 

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Published by Ruben Falkowicz - dans Drames
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commentaires

stanislas borowitz 26/02/2010 15:04


Clairement un des films qui m'a le plus marqué vers 20 ans .
Ca m'avait boulversé pendant plusieurs jours
pour moi c'est de loin le meilleur Louis Malle, le film est meilleur que le bouquin.

Maurice ronet est exeptionnel


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