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13 janvier 2011 4 13 /01 /janvier /2011 20:50

eva

 

Réalisateur : Joseph Losey 

Distribution : Jeanne Moreau, Stanley Baker, Virna Lisi ... 

Durée : 116 min 


Tyvian Jones a tout pour lui : une fiancée magnifique et tendre, ainsi que la gloire après le succès de son roman dont il accepte l'adaptation au cinéma. Pourtant c'est bien la descente aux enfers d'un homme rongé et amer à laquelle nous assistons, lorsque ce dernier tombe fou amoureux de Eva, une femme qui ne lui laisse aucun autre choix que celui de la souffrance. 


Contrairement à ce que pourrait laisser supposer le titre, Eva n'est pas un portrait de femme car on ne sait rien d'elle, on peut juste deviner ses blessures intérieures faisant sourdement écho à celles qu'elle inflige à Tyvian, qui se laisse manipuler consciemment jusqu'à en perdre sa dignité et entraîner celle qui l'aime dans sa chute.

On pourrait concevoir ce film comme tremplin à The Servant (1963), tout aussi fort et implacable, où l'on voit Dirk Bogarde piétiner son maître jusqu'à en faire son esclave. C'est exactement ce rapport de domination et de sado-masochisme qui intéresse également ici Losey. 

Le propos du film rappelle également l'excellent Two Lovers (2008) de James Gray où Joachim Phoenix est déchiré entre la raison qui le pousse à épouser une fille lumineuse et aimante, et sa passion pour une femme dont il sait qu'elle ne le poussera que dans le précipice vers lequel il s'avance lucidement. Francesca qui aime Tyvian, également pour le pire, est sublime, certainement plus belle que Eva, mais le fait qu'elle lui soit complètement acquise ne laisse pas à Tyvian l'espace pour pouvoir la désirer, tandis que le mépris d'Eva n'a cesse d'alimenter la folie amoureuse de cet homme.

Rarement une actrice n'aura réussi à devenir aussi répugnante, à afficher autant de mépris tout en restant incroyablement attirante et désirable. Jeanne Moreau est ici stupéfiante, et certaines scènes pourraient rappeler en charge érotique la présence de Rita Hayworth dans Gilda, avec la pointe vénéneuse en plus.

Et pourtant ... Pourtant cet homme se fait piétiner, et Losey n'éveille aucune compassion en nous mais plutôt de la fascination pour cette femme cruelle et égoïste. On comprend également que l'écrivain porte un lourd secret qui le ronge et le pousse peut être à préférer une femme sans coeur, comme miroir de son âme souillée, et non la pureté juvénile de celle dont il sait qu'il ne peut rien lui offrir.

Le film est assez passionnant, la photographie irréprochable et la tension qu'injecte Losey dans sa mise en scène contribue à rendre cette relation insupportable. Pour autant la fin énigmatique amène une chute de rythme et une redondance à laquelle on aurait préféré une conclusion plus radicale ... Mais peut être était ce trop prévisible ?

 

Note : 3,5/5

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Published by Ruben Falkowicz - dans Drames
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