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15 janvier 2017 7 15 /01 /janvier /2017 19:42


 

Réalisateur : Maren Ade

Distribution : Sandra Hüller, Peter Simoninschek

Durée : 162 min
 

Winfried, homme vieillissant et clown triste que la routine fatigue, souhaite se rapprocher de Inès, sa fille. Il débarque par surprise à Bucarest où elle travaille dans l'espoir de la reconquérir, prêt à tout pour la toucher à un endroit qui semble éteint chez elle.
 

Toni Erdmann fait partie de ces films qui touchent lentement et laissent une trace chaude.
Si le film est long, c'est le minimum nécessaire pour installer le quotidien des personnages, leurs habitudes, mais aussi leurs cicatrices qui finissent par éclairer l'histoire de cette tendre humanité, et qui font que celle-ci nous touche ou pas.
Long mais pas ennuyeux, car on pénètre trop dans l'intimité de ce père et sa fille pour se sentir distant ou même avoir envie de les quitter.

 

D'une certaine manière, ce film rappelle la vie est belle de Roberto Benigni où un père faisait tout pour distraire son fils et l'amuser dans l'espoir de lui cacher l'horreur. Mais là où le film italien était obscène, Toni Erdmann évolue tout en pudeur, soulignant souvent l'échec de cet homme maladroit, lourd et répétitif qui veut amuser, détourner ou provoquer sa fille dont il observe le naufrage.

Mais c'est surtout le constat de son propre naufrage, ainsi que les échecs de sa vie, auxquels il se heurte et que lui renvoie cruellement Inès. C'est un miroir entre le père et sa fille qui se dresse, la rencontre de deux solitudes qui se cherchent, se repoussent, s'épient et finalement évoluent dans la même direction.


Le film présente des personnages aux psychologies complexes, sans jugement et sans chercher à les rendre attachants ou détestables.
Certaines scènes explosent de manière inattendue au milieu d'un quotidien morne, avec une charge émotive intense et beaucoup d'audace comme cette fête d'anniversaire complètement loufoque digne de the party de Blake Edwards.

En filigrane, l'histoire décrit un monde malade et pourri par la pratique du business qui ronge la Roumanie, où travaille Ines, et qui devient le théâtre de la dépravation d'expatriés, consommant les rapports humains comme les lignes de coke après des soirées déprimantes en boite de nuit.
Le seul qui émerge par sa recherche de rapports humains authentiques, mû par l'évidence que l'essentiel est ailleurs, reste Winfried, lui qui n'a de cesse de se cacher derrière ses gags désespérés pour dissimuler sa peine mais aussi, subtilement, ne pas avoir à juger sa fille.

Ce monde de l'entreprise que décrivait, en nous glaçant le sang, Philippe Harel en adaptant le roman de Houellebecq, l'extension du domaine de la lutte, apparait ici dans toute son absurdité. Mais là où la descente aux enfers était inévitable, Maren Ade déploie toute sa foi en l'être humain et sa capacité à retourner à ce qui le nourrit et lui laisse l'espoir de s'en sortir : celui d'aimer et d'être aimer. Être aimé par un père, une fille, un chien, ou d'une effrayante créature, étrange et massive, garante de cet amour ...

 

note : 4/5

 

 

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Published by Ruben Falkowicz - dans Drames
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commentaires

Marcel Mussen 16/01/2017 16:11

Si la substantifique moelle du film est bien ce chassé croisé entre deux solitudes qui peinent à se rencontrer, comme le souligne la critique, il est aussi une charge de la « culture business » que l'Europe des affaires impose à toutes sociétés qu'elle colonise (ici la Roumanie), et aussi que la séquence de l'anniversaire dynamite les élémentaires conventions qui régissent cette "culture".
Mais, il faut ajouter à cela, le fait que, si l'on veux bien s'abandonner à l'humour potache et iconoclaste du père (et ce peut être un signe de santé mentale), que l'on ri souvent à la vision du film.

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